lundi 1 mars 2010

Yogyakarta, capitale culturelle

Je n’ai pas encore présenté mon hôte, Muntaha Rinjani, l’un des deux amis que je viens voir ici. 36 ans, il est en thèse à l’université en génie civil, où il habite. Il est marié à Erta, a 3 enfants, et une servante que j’ai cru être également sa fille. Elle a environ 25 ans, mais en fait 10, alors bon... Le fait qu’il ait une servante (ainsi qu’une belle bagnole et bientôt quatre maisons) ne signifie pas pour autant qu’il roule sur l’or. Je suppose qu’il fait partie du haut d’une certaine classe moyenne, qui n’existe quasiment pas ici.



Muntaha, Erta, Keanu (4 ans), Jerome (7 ans, prononcer Jeromi),
Axel (10 ans), et Ela, la servante.


De jeudi à dimanche, les Indonésiens avaient quatre jours de vacances, un pont pour la naissance du prophète Muhammad. Nous sommes donc partie avec toute la petite famille visiter un haut lieu de mémoire culturel et patrimonial culturelle du pays : Yogyakarta. 6 h de route.

Première étape : Solo ou Surakarta. La capitale du « batik », sur la route de « Yogya » (prononcer « djodja »). Le batik est un vêtement typique de Java, fabriqué, en théorie, de façon artisanale. les motifs sont dessinés à la main sur une pièce de tissu blanc. Laquelle est ensuite trempée dans de l’eau bouillante, colorée au préalable par différents ingrédients naturels, rouges, jaunes ou noirs. Les détails sont peaufinés grâce au « canting », un stylet permettant de dessiner les contours et les lignes.
Bilan : les plus belles pièces demandent parfois jusqu’à 1 mois de boulot, à raison de trois heures par jour ! Plus il y a de couleurs, plus c’est long et plus c’est cher. Compter environ 250 000 rupiahs (15 euros) pour un batik standard. Le magasin dont j’ai pu visiter l’arrière-boutique fabrique près de 2000 batiks par mois. Certains de ces batiks se retrouveront en France où ils seront vendus trois fois plus chers.





Deuxième étape : le temple de Prambanan. C’est un peu leur Mont-Saint-Michel : édifice religieux et menacé par les éléments naturels. Je vous fais l’historique en vitesse. Lieu de culte hindouiste, il a été bâti vers 856 en l’honneur des trois principales divinités Shiva (Dieu des dieux), Brahma (créateur de l’univers) et Vishnu (protecteur des créatures vivantes de l’univers). 244 autres temples, plus modestes ont été érigés à proximité.

Il était une fois Rara Jonggrang, la plus belle princesse au monde, fille du roi de Boko. Lors d’une guerre centre son voisin et rival, le prince de Bandung Bondowoso, le roi est tué, laissant sa fille à la merci de son ennemi qui la convoitait. Ne pouvant accepter de devenir l’épouse du régicide, elle lui lance un défi impossible. Le prince doit construire 1000 temples, contenant 1000 statues, entre le coucher et le lever du soleil. Mais les travaux avancent vite. La princesse fait chanter les coqs et allumer des feux sur les collines, va prévenir le prince qu’il a échoué. Il avait déjà construit 1000 temples et 999 statues. Furieux, il lance une malédiction contre la princesse, qui se transforme en stature de pierre : la millième. La statue du temple de Shiva serait la malheureuse Rara Jonggrang. Si un couple d’amoureux se rend devant cette statue, ils se sépareront avant de pouvoir se marier.

Prambanan a été dévasté à plusieurs reprises par les catastrophes naturelles, fréquentes par ici (éruptions – nous reviendrons un de ces jours à la vulcanologie – tremblements de terre, raz-de-marée, glissements de terrains, encore l’autre jour : 20 morts à Bandung), notamment par le tremblement de terre de mai 2006.



Troisième étape : la plage de Parangtritis. Aaah, enfin ! Les vagues de l’océan Indien. Il faut se les faire quand même, surtout à 8h du matin. C’est pas le marcaret de la Garonne ni les vaguelettes de Saint-Malo. Je me suis senti un peu mal-à-l’aise, lorsqu’en sortant de l’eau, je me suis aperçu que j’étais le seul gus en maillot et blanc comme un linge à barboter comme un poisson dans l’eau, et que j’étais scruté par une centaine de paires d’yeux curieux. Les hommes ne retirent pas leur T-shirt. Ils ne veulent pas devenir plus noirs qu’ils ne le sont. Pour des raisons de mode, mais peut-être aussi sociales : le paysan qui travaille toute sa vie dans ses rizières est forcément plus noirs que le prof, ou le bureaucrate de la ville. Quant aux femmes, beaucoup sont voilées, avec parfois plusieurs couches de vêtements en coton ou en jean sur le corps. Il faisait environ 30 degrés ce jour-là.

Puis rien de tel qu’une noix de coco, dégustée à l’ombre d’une bâche, sur des tapis recouvrant le sable noir volcanique.


Juste après, direction le parc naturel de Tlogoputri, sur les flancs du mont Mérapi. Ce dernier est encore entré en éruption (une petite de rien du tout) il y a quatre ans. Nous n’avons pas visité le parc, mais on a fait connaissance avec les macaques du coin. Ou des chimpanzés ? No sé









Quatrième et dernière étape : Borobudur. Inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, ce « candi » (temple) est plus spectaculaire encore que Prambanan. Situé en altitude, et non dans une plaine comme Prambanan, il offre une vue splendide, et fait face au volcan Mérapi. Construit (750-850) en pierre volcanique, haut et large à sa base de 118 m, il est composé de quatre étages carrés et trois autres ronds, les sept paliers pour atteindre le niravana. Englouti par la végétation et les cendres, il a été redécouvert en 1815 par les Hollandais.




Le retour a été laborieux : partis vers 14h de Borobudur, nous sommes arrivés à minuit à Surabaya, soit 4 h de plus qu’à l’aller. Se plier au rythme indo n’est pas évident : coucher 22h, lever entre 5 et 7h, suivant si l’on s’accorde une grasse mat’. Du coup, on a l’impression de vivre deux jours en un, ce qui n’est pas plus mal.
Mercredi, normalement, c’est Jakarta, plus de 1000 km à l’ouest.
@+
PS : Autre faune :


3 commentaires:

  1. Alalala Géraud je viens de me farcir la totalité de ton blog et je ne me suis pas ennuyé un instant ! Quel plume! et quel style ! Pas de mélo mais beaucoup d'entrain à découvrir de nouvelles cultures et non les juger. Du carnet de voyage comme il devrait y avoir. bon courage et nous choppes pas le palu. Bisous, Jean Baptiste Perona

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  2. Merci pour cette hagiographie JB! Mais niveau style, j'ai pu te lire, et c'est pas mal non plus!
    A bientot!

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  3. 22h - 7h, voilà un rythme qu'il me serait bon d'adopter;)

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