samedi 6 mars 2010

Escapade à Jakarta

Mon séjour à Jakarta, qui s’est transformé en raid éclair et n’a pas duré plus de deux jours, ne s’est pas vraiment déroulé comme je l’avais prévu.
Pour gagner un temps précieux, j’ai choisi de faire le trajet de nuit, en « Eksekutif », sorte de train première classe qui relie Java d’Est en Ouest, soit près de 1000 km entre Surabaya et Jakarta. Un écran diffuse la Tour Montparnasse infernale. Sous-titrée en indo, c’est vraiment de toute beauté. Mais franchement, Eric et Ramzy ne me manquaient pas à ce point. Pour la première fois depuis mon arrivée, j’ai eu froid.

Ci-dessous, Monas, monument inspiré de la Concorde, célébrant l'Indépendance indonésienne (1945).


Plus ou moins frais, je débarque à Gambir, la gare centrale de la capitale. Je réalise que se déplacer dans une ville qui compte près de 12 millions de personnes (10 de plus qu’à Paris), dont trois de motos, ne va pas être une sinécure. A peine sorti de la « stasiun », je suis assailli par les nombreux conducteurs d’« ojecks » (moto-taksi), « bajajs » (véhicules motorisés à trois roues, différents des «becaks », non motorisés) et taksis tout court. « Saya tidak perlu » : « pas besoin », puisque j’aperçois le dôme de la mosquée Istiqlal (Indépendance) où je voulais aller. Ce qui aurait dû me prendre une dizaine de minutes m’en a pris trois fois plus. Comment traverser une avenue à trois ou quatre voies, sans passages piéton, avec un flot incessant de véhicules? J’y vais, j’y vais pas. Ok, faut se lancer, pas le choix. Un signe stop d’une main ferme et go.

Istiqlal est la plus grande mosquée d’Asie du Sud-Est. Peut-être la plus moche aussi. Eh oui, désolé, j’aurais préféré vous dire qu’elle est un bijou architectural, conçu par la main du Prophète en personne. Mais elle n’est qu’un énorme bloc de béton, « magnifique » selon le Petit Futé. Les goûts et les couleurs… L’immense salle des prières est cependant impressionnante. Le minaret fait 6666 cm de haut, chiffre sacré je crois pour les musulmans (et satanique chez nous).


Que trouve-t-on sur le trottoir d’en face? La cathédrale catholique, bâtie 60 ans auparavant (1901), pas plus grande qu’une chapelle. La guerre des tranchées ? Officiellement, non. Car la tolérance religieuse est inscrite dans la constitution. Dans les faits, ce n’est pas toujours le cas, dans un pays à 90% musulman. Le 17 décembre dernier, dans un village proche de Jakarta, une foule de plusieurs centaines de personnes s’est avancée vers une église en construction et s’est mise à la caillasser et a tenté d’y mettre le feu. Je ne connais pas le motif de cette colère. Par ailleurs, la Jemaah Islamiyah, bras droit d’Al-Qaida en Asie, sévit de temps à autre dans le coin. Ceci étant dit, ce genre d’incident reste rare, et je préfère mettre en avant la générosité et l’ouverture des musulmans indonésiens. C’est à leur hospitalité, théoriquement coutumière en islam, que je dois mon séjour chez Muntaha, et ses parents désormais. Je vais d’ailleurs le constater avec les rencontres qui vont suivre.

Jakarta est la ville du business. Deux heures après mon arrivée, j’avais déjà trois cartes de visite en poche. Parvenu à Jalan Thamrin où se situent l’ambassade de France et l’office du tourisme, j’accoste un bonhomme qui ne faisait rien du tout : Lukman, qui malgré son nom, ne paye pas de mine. On n’allait plus se quitter jusqu’au lendemain.
Lukman, 30 ans, est guide touristique et prof d’anglais à la fois (les Indonésiens ont bien souvent deux professions). Une sorte de deal s’est plus ou moins conclut. Il m’escortait à travers la ville et j’acceptais de venir voir son école, à 60 km du centre, et je pouvais dormir chez lui.
Nous avons tout d’abord été, non sans mal, à l’office du tourisme, qui avait déménagé. Rien que pour le trouver, il m’aurait fallut la matinée. Nous avons grimpé les étages pour nous retrouver face à une responsable de la promotion touristique du pays qui m’a refilé quantité de documentation.



Puis visite du musée national, construit par les Hollandais en 1778. Franchement intéressant, même à jeûn. On s’aperçoit de l’incroyable melting-pot culturel que forme l’Indonésie. La partie sur la Papouasie est assez exotique. Les clichés que l’on peut avoir sur cette lointaine contrée sont, ma foi, assez proches de la réalité, du moins pour ce que j’en ai vu. Les Papous, divisés en 50 ethnies selon mon guide, sont un peuple très primitif qui semble avoir conservé ses traditions millénaires. Parfois vêtus de simples pagnes, ils revêtent bijoux et peintures. L’uniforme tient une place importante dans leur quotidien. Les hommes portent une «koteka», tige de bambou fixée sur leur partie génitale et dressée vers le ciel. Leur taille (jusqu’à un mètre) doit dépendre de quelque chose, je vous laisse à vos hypothèses. Des guerres de territoires entre tribus éclatent régulièrement, et se règlent avec arcs et lances. Leurs pirogues, creusée dans des troncs de je ne sais quel arbre, sont étonnement longues et élancées, celle que j’ai vu devant mesurer près de 20 m. J’avais un léger préjugé concernant les Papous qui a été battu en brèche : ils ne sont pas (du moins plus) cannibales!

Ensuite direction Kota, le vieux port. Les pinisis et buggis y sont déchargées de leur cargaison de riz et de poisson séché, venue de l’intérieur de l’archipel. Kota est aujourd’hui un port commercial national. Puis une petite balade dans la vieille ville, où les traces du passé colonial néerlandais (16e – 20e s.) sont présentes dans l’architecture. Malheureusement, la pollution a noircies les façades. Enfin, une halte au Cafe Batavia (1805) ramène le visiteur au temps des Indes néerlandaises. Son Grand Salon, tout en teck, est particulièrement majestueux.


La fin de l’après-midi approche, nous partons vers Tangerang…

1 commentaire:

  1. Lukman, premier d'une longue série de rencontres:) Petite correction sinon, 6666 n'est pas satanique. C'est 666 qui l'est ! Qui correspond je crois au chiffre de la bête de l'apocalypse dans la bible. Petite info marrante, la peur de ce chiffre se nomme : hexakosioihexekontahexaphobie !!

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