C’est aussi vrai à l’échelle du commun des mortels, où la corruption semble être à l’économie indonésienne ce que le CO2 est à notre sang : aussi mauvais que nécessaire. Tout est bon pour gagner facilement quelques milliers de roupiahs. Ainsi, l’autre jour, je veux récupérer une canette de coca, laissée au gardien, à l’entrée d’un club. Je prends ma canette, mais l’homme de la sécurité saisit mon bras et me murmure quelque chose d’incompréhensible. Je lui demande de répéter, plus fort. Rien à faire, il ne veut pas hausser la voix, mais je peux lire sur ses lèvres : « Twenty ». Il veut ni plus ni moins que je lui glisse un biffeton de 20 000 rupiahs dans la main pour que je récupère mon cher et tendre coca. Je fais mine de ne pas comprendre, je chope ma boisson et tourne les talons.
Un autre type d’arnaque, légal, quotidien, est monnaie très courante dans ce pays : le marchandage, qui devient arnaque lorsque l'on n'a pas assez discuter ferme. C’est en fait un sport national, vraiment sympathique, auquel j'ai largement pris goût. Marchander, toujours. Pour tout, et surtout pour peu.Ne pas marchander, c’est non seulement se faire avoir, mais c’est surtout casser le marché et enflammer les prix, puisque ceux-ci sont basés sur le bon vouloir du touriste. Or, bien souvent, on raisonne en euros. Ce bracelet est à 1,30 euros ? C’est rien, mais 20 000 rp, c’est beaucoup. Donc je marchande et l’obtient finalement à 2 000 rp, soit 10 cents, car c’est son véritable prix ! Car un touriste dit beni oui-oui à chaque première proposition de prix, ce sera d’autant plus délicat de le faire baisser pour le suivant ! Et ramener les tarifs à leur juste valeur.
Un petit exemple tout frais d’une belle tentative d’arnaque, récemment subie. Vendredi dernier, 14h, à Mataram, capitale de Lombok. Je m’apprête à prendre le bus puis le ferry pour Florès, d’où je pourrais me rendre à Komodo, but de ce long voyage. Colin, un Ecossais avec qui j’irai à Komodo, et moi attendons patiemment un bus prévu 2h plus tard. Un type débarque, sorti de nulle part.
« Hello my friends ! (Ils disent tous ça). Je fais parti du staff du bus (il ne montera jamais dans le bus). Tout va bien ?… blabla… Vous allez à Florès ? Vous avez une moustiquaire mes amis ? Parce que beaucoup malaria à Komodo et Florès...
Colin opine du chef. Moi je cogite sévère. Il essaie de me vendre sa camelote, il n’y a pas de malaria là-bas, d’autres gens me l’auraient dit. Il n’y a d'ailleurs quasiment plus de malaria dans le pays, encore moins quand la saison des pluies se termine. Je tente le bluff.
- Pas de souci, j’ai des médicaments, et un bon répulsif…
- Pas suffisant, mon ami. Spray dure une heure!
Bon ok, pas de blague avec les moustiques. D’autant plus que j’ai malencontreusement sauté quelques pastilles de mes tablettes. Le doute l’emporte. Il m’emmène dans une boutique. Je demande le prix.
- 300 000, réponds une grosse dame, d’un air affable, en me montrant sa calculette pour appuyer son prix. J’étouffe un rire jaune. Elle pige qu’elle a visé un peu haut.
- Combien alors ?
- 150 000.
Elle accepte ce prix sans problème, mais moi je me ravise.
- Franchement, j’en ai pas besoin, j’ai des médocs et puis…
- Ok, viens on va ailleurs, t’as raison ici c’est trop cher, intervient « l’ami », qui allait me laisser payer sans broncher les 300 000... Il s’arrête loin d’une boutique.
- Bon, combien tu en veux
- 50 000, pas plus.
- T’es fou, 70 000, c’est le prix pour les locaux !
- Alors, tant pis.
- Bon attends moi là, je vais essayer de discuter…
Je lui donne mon billet. Trois minutes plus tard, je repartais avec ma moustiquaire. Rendue inutile sur place, la chambre en disposant déjà d’une, et les moustiques aux abonnés absents. Mais toujours marchander… Heureusement, dans ce pays où la monnaie est tellement basse, les arnaques ne peuvent guère aller au-delà de 20 euros, une somme déjà conséquente ici. C’est pourquoi ce pays reste un excellent terrain d’entraînement pour tous les backpackers du monde entier.
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