jeudi 8 juillet 2010

De Cairns à Brisbane, l'archipel des merveilles (VI)

6. Fraser Island : indomptable, sauf en 4x4

Après les Withsundays, difficile de faire mieux. Mais Fraser est différente. Fraser est unique d’abord, faite d’un seul tenant et longue d’une centaine de kilomètres. Ensuite, Fraser fait peur : sauvage, peuplée de dingos affamés et peu sympathiques. Un couple de Français en a fait les frais récemment. La nourriture, rangée dans leur tente pendant qu’ils dormaient, a inévitablement attiré ces coyotes, qui ont rôdé autour puis tenté de l’investir. En tentant de résister, les deux endormis se sont fait mordre au mollet… L’histoire, une parmi d’autres, ne dit pas sa suite, mais elle en dit déjà assez long sur la première consigne à respecter une fois sur l’île : planquer ses victuailles dans la voiture.


Encore une fois, nous avions le choix entre plusieurs options pour visiter Fraser Island. Le self-drive s’avère moins cher et laisse plus de liberté. Il s’agit d’un package comprenant la location d’un 4x4, obligatoire sur cette île, quatre nuits, dont deux sur place, la nourriture et le matériel pour trois jours. Nous sommes sept dans la voiture, une belle équipe au final : un couple de Savoyards, Olivier et Delphine, 28 ans, trois Allemandes de 20 ans, puis Nadine et moi. Deux autres voitures font partie du convoi.


Après un topo complet et un peu longuet sur le véhicule – seuls les détenteurs du permis international pourront le conduire, soit quatre personnes – Alan, un Aussie typique et moyen, mécano aux allures de cow-boy, termine par quelques mésaventures arrivées récemment, histoire de nous mettre un peu la pression. Des bagnoles rendues pas tout à fait intactes, ou des amortisseurs à plusieurs milliers de dollars broyés, tout comme les portefeuilles par conséquence. Et plus grave, plusieurs morts par an, dont une fois six personnes du même 4x4, pour non respect des consignes de sécurité. Je n’ai pas gardé en mémoire le détail de ces tragédies, car Lucky Luke n’avait pas l’accent léger, mais elles n’étaient franchement pas gaies à entendre.

Ceci étant dit, conduire un 4x4 n’est finalement pas compliqué, une fois reçues quelques explications. Cette espèce de buffle sur roues a la particularité d’être à la fois ultra-robuste mais aussi très fragile si l’on ne fait pas attention, aux changements de vitesses notamment. Il peut aller n’importe où grâce aux composantes principales du squelette d’acier : les suspensions. Le confort est absolu… seulement pour le conducteur. Les passagers de l’arrière tiennent difficilement en place tant le relief ressemblent à une mer de sable déchaînée qui se serait figée et incrustée dans le décor : des creux et des bosses en continu que le gus au volant doit anticiper afin d’amortir le choc. Plusieurs heures nous ont été nécessaires pour parcourir la vingtaine de kilomètres qui nous séparaient du lac McKenzie ! Bref, vous l’avez compris, conduire le « four wheel drive » est en fait l’activité la plus sympa à faire sur Fraser Island.



Des touristes embourbés. Comme nous venons à contre-sens, pas d'autre choix que de leur filer un coup de main de trois bons quart d'heure !!

Nous débarquons à sur Fraser en fin de matinée. Le but de la journée : parcourir les 100 kilomètres vers le nord jusqu’à Indian Head, pour les redescendre en deux jours, en suivant les étapes. C’est en fait les marées, très fortes, qui déterminent la route à suivre, selon des horaires très précis.
Indian Head est stupéfiant. Un panorama entièrement ouvert sur l’océan, du haut duquel il n’est pas impossible d’apercevoir des requins, des dauphins et des baleines. Seules ces dernières n’ont pas daigné se montrer. (cliquez pour agrandir)





La première nuit, nous plantons les tentes des trois voitures, vingt-trois personnes au total, sur la plage. Dans les autres groupes, ce n’est pas toujours l’harmonie. Si bien que certains rejoignent le nôtre pour passer quelques moments apparemment plus agréables. La nuit, la température chute terriblement. Olivier et Delphine sont tous les deux cuistots de métiers, au moins le repas ne sera pas cramé, et sera même carrément bon, car la nourriture fournie dans les malles est de bonne qualité. Les 13 litres de goon (vin bon marché australien, qui signifie oreiller en Aborigène, car ces derniers, après avoir vidé ce sac contenu dans un cubis, s’en servent pour dormir), ont pu nous tenir chaud.






Le lendemain, c’est une journée complète qui nous attend. Parmi les points d’intérêt majeurs, le "shipwreck" du Moheno. Une belle et grosse épave d’un vieux paquebot de luxe, échoué en 1935 après avoir été frappé par un cyclone. Même après toutes ces années, rongé par le sel et le temps, l'énorme carcasse a gardé tout son prestige. Bon, après une petite série de photos, une pause s’impose : volley-ball et hop au bain - mais pas trop loin, les squales ont faim…







Le lac McKenzie est un peu le fleuron de Fraser. Son sable blanc – surprenant au milieu d’une telle île - et son eau translucide ont forgé la réputation de Fraser. Ce qu’Alan avait omis de nous préciser dans son topo alarmant, c’est que McKenzie, c’est un peu l’expédition pour s'y rendre. Situé dans le centre d’une île pourtant très étroite, il est joignable par deux routes, toutes deux faites de sable, de creux et de boue, serpentant le long de ravins boisés et profonds. Si bien que nous n’y parvenons qu’au crépuscule, et un ranger nous indique qu’il est trop tard pour descendre au lac. Après toute cette route, la déception, la frustration et un peu de colère, mais des sourires aux lèvres, composent une atmosphère de fatigue générale. Nous décidons de planter la tente au camping central, presque désert. Nous n’avons pas de nouvelles du reste du convoi.
La dernière demi-journée sera speed : lake McKenzie au petit matin, qui sera traversé à la nage comme il se doit! Puis le lake Birrabeen ensuite, qui n’a rien à envier au premier, au contraire.





Je prends le volant. Plus de deux heures pour retourner sur la plage, puis près de cinquante bornes de sable ferme et facile à parcourir, pour rejoindre la barge et le continent. J’ai beau mettre les gaz sur ces chemins de malheur et le turbo sur la plage, on rate le bateau. Nous regagnons Rainbow Beach avec une petite heure de retard.



Fin de la série Cairns-Brisbane !

A suivre, Brisbane, entre backpacker et wwoofing

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