Mon premier séjour commence donc à Uki, minuscule village de montagne fondé dans les années 1900 et ayant conservé un peu de sa fraîcheur du dernier siècle.Matt, 36 ans, et sa femme Sheryn, possèdent une maison à quelques kilomètres du bourg, mais ont choisi de la louer, et d’habiter l’énorme hangar aménagé un peu à l’écart. Moins cher, plus cosy. Plus bobo aussi. Eux vivent dans la partie aménagée du garage, avec chauffage. Moi, je dors dans le frigidaire, avec les tondeuses et la superbe moto ramenées du Sri Lanka. Avant de me glisser sous les sept couvertures indispensables à ma survie, j’embrasse tous mes nounours : pelles, pioches, peintures, pinces, perceuses, poutres métalliques, ou encore clous, marteaux et barres à mine… Si je plonge sans difficulté dans les bras de Morphée, le réveil, vers les 8h, est un peu glacé. J’enfile le short (ben oui, quand on vient de Bali et Darwin…), les godillots. C’est partit pour cinq heures de boulot, la journée du wwoofer.
Cinq heures ? Oups, pardon, plutôt neuf. Cela ne m’a pas dérangé, j’ai pris ma tâche à cœur, rangé le bordel ambiant comme s’il s’agissait de Capharnaüm ou de la chambre de ma palefrenière de soeur. J’aurais juste aimé qu’il y ait eu davantage en retour. Malheureusement, point de pêche, d’escalade comme annoncé, point de balade en canasson comme espéré.
Matt est quelqu’un qui s’oublie dans le boulot. Après une décennie au service de Médecins Sans Frontière en tant que logisticien, à parcourir le monde des Philippines au Soudan, d’Afghanistan en Ouganda en passant par le Sri Lanka où il a rencontré sa femme, il a fini par se poser pour souffler. Il a cependant gardé son rythme soutenu de travail.
Je l’ai donc aidé à aménager son coin : le « shed », « abri », qui lui sert à l’occasion de home cinema. En fait, l’endroit est entièrement conçu autour de ça : un véritable écran panoramique. De chaque côté, et dans les deux autres coins de l’immense pièce, les amplis diffusent un son d’une remarquable qualité.
Dehors, sous les graviers, une fine rigole dissimule un tuyau d’évacuation des eaux de la maison. Elle part de l’abri et se dirige vers le contrebas. Lorsqu’il pleut, l’eau stagne dans ce sillon, pénètre dans le sol et fait peser la menace d’un glissement de terrain. Mon job a donc consisté à creuser cette tranchée pour pouvoir la remplir d’une nouvelle terre, plus ferme, puis de la rehausser légèrement afin que l’eau puisse s’écouler normalement.
La dernière journée a été consacrée au rangement du garage. Pas une mince affaire. Sur la mezzanine, je tire sur la corde attachée aux meubles et aux cartons cinq ou six mètres plus bas, en me servant de l’échelle comme d’un rail. J’ai un peu la sensation d’être un pêcheur hissant son filet rempli de thons. Finalement, je l’aurai eu mon job de marin.
Cinq jours à Uki - retouche photo gratuit
Elle a un hobbie : acheter des vieilles demeures en bois - ancienne ébéniste, elle a transmis sa passion du bois à son fils - pour les retaper elle-même. Au rez-de-chaussée de sa nouvelle acquisition, elle aménage un studio qui a déjà trouvé ses locataires.
Ici non plus, je ne chômerai pas : beaucoup, beaucoup de peinture, ponçage, installation de meubles et d’une cuisine Ikea, rangements divers. Une matinée à enlever le lino et la couche de carton dur qui recouvraient le superbe plancher des toilettes. Comme dans le salon, ce parquet sera ensuite vernis. La maison retrouve progressivement son cachet d’antan.
Après ce stage de peintre en bâtiment, Jo me dit que sa prof de sculpture, qui habite Uki elle aussi, et également membre du réseau Wwoof, aurait besoin d’un coup de main sur sa propriété. Elle doit d’abord se rendre à Byron Bay, pour voir une expo en plein air. Cela me convient parfaitement : je souhaitais visiter Byron Bay depuis quelques temps, et en repartant dans les montagnes, je me rapproche du Mont Warning que je tiens à escalader avant de quitter la région.
Mon séjour chez Marie-France et Tony fut du wwoofing au sens littéral : travail volontaire dans une ferme biologique. Isolés sur les hauteurs de Uki, ils vivent depuis un an dans une magnifique maison qu’ils ont construit eux-mêmes. Ils pourraient presque y vivre en autarcie. L’eau de pluie est récupérée dans un container de 25 000 litres, qui pourvoient aux besoins en eau pour toute la maison. Si les quantités sont suffisantes, le gaspillage doit être évité, car les sécheresses surviennent régulièrement en Australie. Les toits sont équipés de panneaux solaires, qui alimentent le logis en électricité. Et bénéficient ainsi d’une belle ristourne de 50% de la part du gouvernement. Ici, la terre, d’origine volcanique, est d’une fertilité prodigieuse grâce à la présence du Mont Warning. Associée à un climat subtropical idéal, elle permet aux fruits et aux légumes de toutes sortes de pousser en abondance : oranges, citrons, bananes, vignes, pamplemousses, papaye, piments, fruits de la passion, mandarines, avocats… et bientôt persil, pommes de terre et autres. « Si une guerre économique survenait, nous serions relativement épargnés ! », résume Marie-France, ancienne voyageuse d’origine québécoise.
Mon boulot pendant cinq jours a donc consisté à bêcher pour préparer le terrain d’implantation des futurs légumes et plantes. Mais aussi à ramasser le foin et à couper du bois. Oui, j’aurai été bûcheron dans ma vie! La hâche en a d’ailleurs fait les frais…
Byron Bay et Uki - retouche photo gratuit
La dernière matinée est « off », congé. A 9h30, ils me déposent au pied du Wollumbin, le tant attendu Mont Warning. On convient d’une heure de rendez-vous en fonction du temps moyen pour effectuer l’aller-retour, soit 4 à 5 heures. 1h15 plus tard, je parviens au sommet. Là-haut, j’ai beau essayer de m’assoupir un peu, le froid et le vent venu de la mer me tiennent éveillé. Tant mieux, car le panorama est littéralement étourdissant malgré un ciel légèrement voilé. Le Mont Warning domine toute la Tweed Valley jusqu'à la côte. On aperçoit même Byron Bay et son cap. L’autre côté offre une vue infinie sur l’arrière-pays, ses campagnes et ses collines.
Le Mont Warning, ou Wollumbin pour les premiers habitants de l'Australie, culmine à 1157 mètres et a été escaladé pour la première fois en 1868. Son originalité : il est le premier point en Australie que touchent les rayons du soleil. C'est donc le sommet le plus haut le plus à l'est du pays.
La parole est à Michael Guilfoyle. En 1871, après trois jours et demi de marche, le botaniste britannique a eu ces mots : "When we reached the top, we were so enchanted with the glorious view that we quite forgot the inner man remaining on top all night whithout food."
Il y a 23 millions d'années, lorsque le super-continent Gondwana existait encore (les continents actuels ne formaient alors qu'un seul et même bloc,)le volcan Tweed était deux fois plus haut qu'aujourd'hui. Après son éruption, ses cendres se sont répandues sur des milliers de kilomètres carrés, rendant, comme je l'ai déjà écrit, le sol très fertile.
En 1770, le capitaine Cook a baptisé cette montagne "Warning" après que son bateau s'est quasiment brisé sur les coraux, à Point Danger. Aujourd'hui, il ne reste que la cheminée de l'ancien volcan. Le site est sacré pour les Aborigènes qui y pratiquent encore leurs rites.
Il est temps de redescendre, en courant si possible pour combler le retard et oublier le froid. Je parviens en bas en 45 minutes, les genoux en miette, mais satisfait de ma performance !
Wollumbin - retouche photo gratuit
Après ce jogging des plus classiques, mes hôtes me ramènent directement « downtown » chez Jo. Je bosse donc deux jours pleins et pars le lundi à Nimbin, dernier spot à voir dans la région (à lire par la suite).
J’aurai rencontré beaucoup d’Australiens au cours de cet intéressant séjour dans cette contrée située à deux heures au sud de Brisbane. Parmi eux, certains m’ont promis de téléphoner à des gens qui seraient susceptibles d’avoir du boulot, ou de m’introduire auprès d’eux. Mais je ne les ai jamais revus ni entendus après notre première rencontre. J’ai discuté de ces mœurs curieuses, et de ces promesses à répétition mais sans lendemain, avec un Breton rencontré sur le marché de Uki. A 28 ans, Damien habite ce pays depuis plusieurs années déjà. Il confirme que les Australiens sont des gens très ouverts, chaleureux, sympathiques, mais pas forcément fiables. « Ils seront tes meilleurs potes pour trois quatre jours, mais se faire des amis de longue date et s’intégrer, c’est autre chose. Et pour le boulot, c’est pareil. Ils te disent qu’ils te rappelleront, te promettent des choses, mais tu finis par comprendre que c’est à toi de rappeler et que leurs bonnes intentions ne seront pas forcément suivies des actes. » C’est ce que j’ai également fini par piger.
Finalement, je tombe sur une annonce pour du fruit picking (cueillette des fruits et légumes) à Bundaberg, à 10 heures de là, sur la côte, au nord. Bundaberg est LA place pour ce genre de jobs. J'appelle le National Harvest Service, qui confirme que c’est la seule place pour du picking en ce moment. Je voulais expérimenter le fruit picking au cours de mon séjour australien, le job des backpackers par excellence. Je prends donc un billet de bus et par le lendemain.
A suivre, Nimbin, peace and love avec Marie-Jeanne
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire