mardi 15 juin 2010

De Cairns à Brisbane, l'archipel des merveilles (III)

3. Cape Tribulation, quand l’Histoire nous fait rêver

La crique, déserte et sauvage, est bordée de gracieux cocotiers lancés en courbe à l'assaut de rares nuages. Les rayons du soleil caressent une eau bleue cristalline jusqu’à la ligne d’horizon. Il est alors assez facile de fermer les yeux pour se replonger 240 ans en arrière, tout juste... Le 10 juin 1770, il fait déjà nuit à six heures du soir lorsque James Cook, ambassadeur de la marine royale britannique, ne voit pas les récifs coralliens dissimulés sous la surface. Le choc est fatal pour la coque en bois qui manque de couler. L’Endeavour s’échoue sur un cap que le célèbre explorateur appellera Tribulation en souvenir de celles que lui et son équipage ont connues ici… « Cape Tribulation because here began all our troubles », écrira le lieutenant Cook.
A 110 km au nord de Cairns, Cape Tribulation est situé dans une partie de remarquable du Daintree National Park, la « rainforest » la plus au sud du pays. Daintree est surtout connu pour abriter quelques rares spécimens de casoars. Ces oiseaux, aujourd’hui menacés d’extinction malgré leur robustesse – les femelles peuvent mesurer jusqu’à deux mètres –, sont identifiables grâce à leur « casque », sorte de grosse crête, et à leur griffe meurtrière. Il en reste environ 600 dans la région. Ce qui ne laisse que peu de chances au touriste d’en apercevoir un sur sa route. Mais vous pouvez également en rencontrer près de chez vous… au zoo de Maubeuge (tel. : 03 27 58 14 86, 10h – 18H).


Nous passerons deux jours dans ce parc. Nous : Nadine, déjà présentée, Victor, rencontré en fait entre Darwin et Cairns, et moi.
A Thornton Beach s’improvise une dégustation de noix de cocos fraîchement (ou pas) tombées de l’arbre, et peu soigneusement découpées à la machette. A l'intérieur, le lait est léger, le fruit blanc et frais. Les plages de Daintree sont magnifiques, mais goûter l’eau ne vaut certainement pas la chandelle que l’on risque de prendre en se frottant aux stingers et à leurs filaments si venimeux…

La nuit tombe, il est temps de savoir où l’on va crécher cette nuit. Sur la plage ? Trop dangereux à cause de la marée. Reste le camping public. Camping est un grand mot : emplacement pour voiture non loin d’une grande baraque en bois abritant quelques trous pour les besoins primaires. That’s all. Victor un jerrican de 25 litres dans le van, et même un pommeau de douche. On ne demande pas mieux. La lampe torche est fixée dans l’arbre, le bidon hissé sur le toit, la carrosserie du camion fait office de rideau. Deux minutes d’eau froide très appréciables.
Puis place au jeu. Car le van ne contient que deux places pour dormir et nous sommes trois… De plus, il y a toute la vaisselle à récurer. Le Uno décidera en sept points qui fera quoi…
La chance me sourit, je mène 4 à 0 dès le début et peux oser rêver à une douce nuit. Mais Victor se réveille et égalise. 5-5-3 ! Puis 6-6-4 ! Le final est terrible ! J’arrache, je ne sais trop comment, le sacro-septième point, j’explose : je ne dormirai pas sur le plancher au milieu des chaussures, je ne laverai pas non plus les gamelles pleines de riz !!! Nadine écope du pire sort : elle passe la nuit sur le sol, juste en-dessous du matelas superposé… Deuxième, Victor peut pioncer à côté de moi, tout en pensant à la vaisselle qu’il va devoir se taper le lendemain. Quant à moi, j’ai dormi comme un nouveau-né.






Au petit matin, une voix plus rocailleuse que maternelle, rythmée par quelques frappes de doigts boudinés sur la vitre arrière, nous tire d’un profond sommeil. Celle d’un ranger en fait, l’un des gardiens du parc. Nous n’avons pas le permis pour passer la nuit ici. On le sait bien, mais c’est un peu tard mon bonhomme. On s’excuse, on ouvre la bouche « but… please… we don’t… », rien n’y fait : le Cerbère nous somme de déguerpir après avoir ramassé « les saloperies » qui ne sont même pas les nôtres. Pas vraiment en position de négocier, on s’estime heureux de notre sort qui aurait pu ressembler à une amende aussi salée que l’écume des vagues qui nous ont bercés toutes la nuit. On débarrasse donc le plancher. En laissant derrière nous de simples traces de pas dans le sable, et en chacun, beaucoup de souvenirs bien moins éphémères.

Un mois à Cairns, c’est bien suffisant. J’ai pu travailler une semaine. Pas bien glorieux, mais suffisamment lucratif au final. Cairns était une ville agréable à vivre avec son lagoon et sa météo clémente. Elle était festive aussi, un peu trop peut-être. Il est temps de mettre les voiles vers des cieux plus méridionaux. Pour économiser quelques précieux pécules, j’ai dormi deux semaines dans ce même van porte-bonheur. Et j’ai bien dormi. Plus au calme en tout cas que dans certains backpackers où il n’est pas impossible d’entendre, sur le matelas d’à côté, deux jeunes de sexe opposé se prouver charnellement combien ils s’aiment, proportionnellement au nombre de litrons avalés deux heures avant, et ce pour le plus grand bonheur de leur six voisins de lit... Je tiens donc à remercier chaleureusement Victor Valério, 22 ans, pâtissier de métier, généreux propriétaire d’une roulotte fort cosy, de m’avoir hébergé. Continue à faire tes excellentes tartes à la rhubarbe. Et progresse au Uno…

On the road again, le 19 mai, down the East Coast !! Avec Nadine, nous partagerons des moments forts en compagnie de deux autres travelmates, Mark, 29 ans, Anglais (que Dieu le pardonne) et Jule, Allemande (bis). Ils connaissent déjà la côte est puisqu’ils l’ont remontée quelques mois auparavant. Ils nous feront donc passer par les spots à ne pas manquer sur la route.



A suivre, les Whitsundays Islands, perles de paradis

2 commentaires:

  1. J'adore le principe du Uno pour départager :)

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  2. +1 pour le précédent commentaire, il a l'air bien confort ce van ;)

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