C’est dans une ferme de cette petite localité, à 65 km au sud-est de Darwin, sur la route menant au Kakadu National Park, que j’ai passé ces deux dernières semaines. Il y a vingt ans que Jeremy, ancien ingénieur métallurgiste, originaire de Melbourne et Heather, infirmière de formation, ont acheté cette propriété de quelque 40 hectares, et tiennent depuis leur retraite un Bed and Breakfast. La moitié du terrain, c’est du bush, laissé tel quel. L’autre moitié est entretenue, de mieux en mieux à mesure que l’on se rapproche de la maison. Le midi et le soir, je prenais mes repas avec mes hôtes. 


Je logeais pour ma part dans un bungalow préfabriqué à environ 50 m de la maison. Je prenais mon petit déjeuner à des heures très différentes, généralement 10h. Puis ma journée de wwoofer pouvait commencer. Le wwoof, « willing worker on organic farm », est un mouvement que l’on retrouve dans plusieurs pays depuis les années 1970. Toutes les fermes wwoof ne sont en fait pas forcément écologiques. Celle-ci l’était plus ou moins car Jeremy n’utilisait pas de désherbant ni de pesticides. Ce concept un peu bobo est fondé sur l’échange : le wwoofer travaille et le toit et les repas lui sont offerts. Le but second est bien sûr l’échange culturel, car les wwoofers sont de toutes nationalités (européennes pour l’essentiel). Le wwoofing est très implanté en Australie, un pays très agricole où la main d’œuvre manque. Le temps de travail ne doit normalement pas excédé cinq heures par jour. C’est difficile de calculer, mais c’est en gros ce que je faisais chaque jour. Mon travail consistait surtout à tondre les quelques hectares de champs, à couper les herbes hautes, à aménager des potagers, à jardiner tout simplement. Rien de bien excitant comme ça. Mais le cadre qui nous entourait était assez bluffant.
Clichés de Fogg Dam - Diaporama
Fogg Dam est une réserve naturelle d’oiseaux, un « sanctuary for wildlife ». De nombreuses espèces peuvent y être observées. Dans la propriété, on pouvait trouver des paons, des perruches et bien d’autres volatiles diurnes et nocturnes, mais également des oppossums, des milliers de grenouilles de toutes tailles et autant de lézards, ces deux derniers étant un maillon essentiel de la chaîne alimentaire pour freiner un tant soit peu la population de moustiques et d’insectes. Les deux chiens, Emir et Carlie jouent eux aussi un rôle clé dans la survie de cet « Eden », nom du B&B. Dressé depuis des siècles à chasser les loups, le plus gros des deux, Emir, veille à ce que les dingos ne n’investissent pas le cœur du domaine et se cantonnent à rôder dans le bush avoisinant. Bien loin de l’image qu’en ont donné les studios Disney, les dingos sont des chiens sauvages dont le quotidien consiste à tuer pour survivre, voire à tuer pour tuer selon mes hôtes. Ils ont autant de caractéristiques communes avec les chiens domestiques qu'avec les loups, dont ils sont probablement des descendants. Il y en a à peu près partout dans le pays, un peu plus il me semble dans le désert. Enfin, mais je pense que c’est loin d’être exhaustif, on trouve bien sûr des serpents, relativement discrets et de grosses araignées… à quatre pattes !
Dimanche, c’était la deuxième édition du Field Day. Une journée organisée par les Friends of Fogg Dam, association dont Jeremy et Heather sont la cheville ouvrière, dû au fait je suppose de leur proximité avec la réserve (2 km). Le but de ces espèces de portes ouvertes, ou plutôt champs ouverts : faire découvrir aux gens du coin et d’ailleurs les beautés de Fogg Dam, peu mises en valeur par le gouvernement qui se soucie davantage – et c’est un peu logique - du plus grand parc naturel australien, le fameux Kakadu, à 100 km de là. C’était aussi le deal qui était convenu avec moi, rester jusqu’à cette journée pour aider à l’organisation. Les visiteurs sont venus nombreux assister aux conférences de chercheurs des universités de Sydney et de Charles Darwin, ainsi qu’aux balades commentées dans le bush par des Aborigènes de la région. La journée ne fut pas passionnante, surtout lorsque l’on est organisateur. C’est beaucoup de travail en amont, une longue journée pour aménager et déménager les tentes, les espaces pour les enfants, le matériel, etc. Pour un résultat franchement limité, mais dont les gens ont dû repartir satisfaits et plus cultivés.
Lors de mon séjour à Fogg Dam, Jérémy m’a enseigné les règles du football australien, qui se situe grossomodo entre le rugby et le football américain. Des trois, c’est peut-être mon préféré d’ailleurs.
La fin du Top End
Mon chapitre darwinien s’achève. En trois semaines, j’ai réglé tous mes problèmes administratifs, visité une des huit villes phares de l’Australie, fait du wwoofing, amélioré mon anglais, dis bonjour aux crocos.
Je passe trois nuits dans un backpacker assez sympa, moins glauque que le premier. La piscine est agréable, les gens plutôt cools. Dans ma chambre, un Français, un Allemand, un Estonien, qui semble avoir disparu. Ma journée du mercredi a été déterminante : j’ai rencontré une amie de mes hôtes en ville, accompagnée d’une autre amie qui m’a parlé de fermes de perles. C’est une assez grosse industrie que celle des perles à plusieurs milliers de dollars. L’idée du boulot : partir un mois et demi pour ramasser des perles. Je crois que c’est en ferme mais je n’en suis pas sûr. Certains bateaux remontent carrément en Chine. Le job est payé 7000 dollars pour un le mois et demi. 5000 euros pour un emploi non-qualifié, c’est pas mal. Je suis donc allé tout plein d’espoir à la rencontre des deux employeurs de ce secteur du luxe. Naturellement, ce job est pris d’assaut, il y avait encore de la place il y a une semaine, mais plus avant au moins un mois ! Je leur ai laissé mon CV, ils me rappelleront peut-être dans quelques mois. Je prendrai alors un avion aller-retour à 360 dollars, car je pense que ce job est une perle, lucratif et pour le moins original. Je dis ça, mais les plans seront sûrement tout autre d’ici là, vu qu’ils peuvent évoluer en l’espace d’une après-midi ! J’ai découvert tout ça sur le tard, c’est dommage car cela mériterait d’être creusé, pour éventuellement en sortir un reportage. Notre vie se construit à partir des choix que l’on fait au quotidien. Imaginez que vous ayez à chaque fois opté pour le second ou le troisième choix. Votre vie serait devenue radicalement différente. En mode « lone backpacker », cette banalité est une réalité encore plus criante de vérité. Et c’est tout ce que j’avais à dire pour le moment.
Elle sera bientôt derrière moi, Darwin, la ville la plus septentrionale de l’Australie; celle où l'on recense un nombre record d'éclairs orageux (les orages ici sont absolument hallucinants) ; celle où les "salties" peuvent atteindre sept mètres de long ; celle où le célèbre auteur de L’Origine des espèces n’a jamais mis les pieds, simplement le Beagle, le bateau sur lequel il a voyagé ! Environ deux semaines de parcs grandioses, d’outback et de désert m’attendent, en co-voiturage avec un Allemand et un Anglais, avant d’atteindre le Pacifique et la ville de Cairns, environ 2 500 km à l’est.
@+ !
Slt mon grand,
RépondreSupprimerje vois que tu es devenu un vrai aventurier de droite, un jean d'ormesson frippon !!!
Profite bien de l'Australie... Pense aux moments de détente également. Le champagne a déjà fait son effet, je suis avec Antoine Mairé qui t'embrasse aussi. Tiens nous au courant. Ciao Bosman
pourquoi est-ce que le toad est la bête noire des fermiers ? et s'il est venimeux, c'est pas dangereux de l'avoir dans la main ?
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