« L’Australie possède plus de bestiole tueuses que le reste du monde. Parmi les dix serpents les plus venimeux de la création, tous sont australiens. Cinq des créatures animales qui y vivent – l’araignée, la méduse, le poulpe, la tique et le poisson-pierre – sont les plus mortelles de leur catégorie. Voilà un pays où la plus soyeuse des chenilles peut vous mettre K.O d’une simple morsure et où les coquillages ne se content pas de vous pincer : ils vous attaquent. Ramassez un coquillage d’aspect inoffensif sur une des plages du Queensland et vous découvrirez vite que la petite bébête à l’intérieur est non seulement extraordinairement rapide et méfiante, mais qu’elle est excessivement venimeuse. Si vous n’êtes pas piqué ou mordu à mort, vous courez encore le risque d’être coupé en deux par un requin ou un crocodile, ou d’être emporté au large par de puissants courants marins (le rip, ndlr), sans parler de vos chances de connaître une fin misérable dans les déserts brûlants de l’outback. C’est un pays qui ne plaisante pas. »
Il s’agissait encore de l’alarmiste mais pas moins talentueux Bill Bryson, dans Nos voisins du dessous, chroniques australiennes (Payot, 2000).
Il s’agissait encore de l’alarmiste mais pas moins talentueux Bill Bryson, dans Nos voisins du dessous, chroniques australiennes (Payot, 2000).
Nuançons ces mots. En évoquant le sujet avec Heather et Jeremy, mes hôtes « wwoofing » de Fogg Dam, ceux-ci relativisent un peu le mythe d’une Australie absolument invivable, où vous risquez à tout moment de vous faire piquer, mordre ou manger cru. Heather a été infirmière à New-York. Elle racontait que les tués par balles dans cette ville où les agressions, dans certains quartiers, sont monnaie courante. Un jour, un Américain lui dit : « Oh, vous êtes Australienne. Quel pays dangereux! » Un comble pour Heather, qui rappelle que 20 millions d’Australiens dans un pays aussi vaste que le leur ont moins de risque de crever mordus par un poisson-pierre que les New-Yorkais de se faire agresser ou les Français de mourir dans leur bagnole à cinq minutes de chez eux. On dénombre à un peu plus d’un millier les attaques mortelles de requins depuis 1631 dans le monde !Bon ceci dit, la faune n’est pas franchement docile dans ce coin. Monstre parmi les monstres, le crocodile est la véritable star de ce pays. Autant les Australiens semblent indifférent au danger représenté par les espèces précitées, autant le croco fait régulièrement la une des journaux, sans être le prédateur le plus meurtrier. Quoique, il faudrait vérifier.
Le Northern Territory recense entre 85 000 et 140 000 « saltwater crocodiles » (les « freshwaters » seraient en nombre équivalent, mais les données ne sont pas sûres) ce qui en fait la région la plus densément peuplée du pays. Un chiffre qui s’accroit chaque année.
Les crocs peuvent demeurer trois heures sous l’eau, passer plusieurs jours sans manger. Leur patience et leur endurance sont leur arme principale. Pour dépenser moins d’énergie, ils restent immobile et ralentissent leur rythme cardiaque jusqu’à cinq battements par minute ! Ils peuvent chasser en fermant les yeux : si un imprudent s’aventure dans leur habitat naturel – marais, rivières – ils peuvent percevoir et se laisser guider par ses palpitations. Mais leur vue est tout aussi redoutable : chaque œil possède un champ de vision de 135 degrés. Généralement, vous n’avez pas le temps de comprendre que la mort sur pattes vous a rattrapé, car les crocos sont discrets, rapides et sournois. Ils ne sortent de l’eau qu’au dernier instant pour mordre avec les quelques soixante-six dents de leur énorme mâchoire. Ils pondent entre 50 et 60 œufs, mais un croco sur mille atteindra l’âge adulte. Les autres seront morts dans l’œuf, mangés par les oiseaux ou dévorés par leurs grand-frères.
Mais assez parlé, voici quelque dizaines de photos de crocos, pris sous tous les angles possibles.
Des crocs très croquant - Diaporama
Comme c’est écrit sur le diapo, deux endroits m’ont permis de côtoyer ces gentils sauriens : le Crocosaurus Cove, à Darwin ; la « spectacular jumping crocodile cruise », à Fogg Dam, où j'ai passé ces deux dernières semaines. Cette dernière est une attraction pour touristes qui vaut la peine d’être vécue. En hors d’œuvre, on vous offre un water python de belle envergure.
Inoffensif – enfin ca n’a jamais été précisé, on ose juste l’espérer -, il pèse un sacré poids. Et quand il s’enroule et se resserre doucement autour de votre bras, des frissons vous secouent à l’idée qu’ils font généralement ça autour du cou… Leur peau est curieusement assez douce. Les Aborigènes cuisinent le serpent de différentes façons, mais le préfèrent surtout bouilli. Ce reptile a m’a-t-on dit, un goût sucré et est assez gras.Puis c’est parti pour une heure de bateau sur l’Adélaïde River, une longue rivière, boueuse mais néanmoins fascinante, qui serpente sur plusieurs centaines de kilomètres à travers le Northern Territory. Sous la surface, 2 500 crocos. Le plus long recensé mesure dans les sept mètres. En moyenne, un saltwater adulte atteint la taille raisonnable de quatre mètres. Cette fois, plus de vitre pour vous séparer des sauriens. Des doigts qui traînent par-dessus bord et vous pouvez oublier le piano.
Des faits-divers à la pelle
Le croc tue à peu près deux fois par an. Les journaux australiens, surtout du nord, raffolent de ce genre de tragédie, leurs faits divers à eux. Des tragi-comédies en réalité. Ainsi ce pêcheur, il y a quelques années, qui tendait tranquillement la ligne avec de l’eau jusqu’aux genoux, dans un cours d’eau qu’il savait pertinemment peuplé de ces créatures. C’était sa dernière partie de pêche. Ou encore ce type qui, l’année dernière, avait un peu trop levé le coude avec des amis, a jugé faisable de traverser à la nage un petit affluent dont il connaissait également les chaleureux habitants. Il va de soi qu’il n’a jamais atteint l’autre rive. Beaucoup, beaucoup moins drôle, ces gosses qui se sont éloignés de leurs parents pour aller jouer dans un endroit signalé comme interdit, proche d'une rivière. Ils n’en sont jamais revenus. Des histoires comme celles-là, il en circule beaucoup. Beaucoup trop.
Celle qui a durablement marqué les esprits eu lieu en mars 1987 :
« Cinq touristes étrangers longent la côte du Kimberley et décident d’explorer le site de Kings Cascade. Ils y jettent l’ancre et s’éparpillent pour escalader les rochers et piquer une tête. Il y avait parmi eux un jeune mannequin américain du nom de Ginger Faye Meadows. Alors qu’elle se tenait avec une de se amies sous les chutes, toutes deux assises sur un rebord rocheux avec de l’eau jusqu’à la taille, l’une d’elles remarque les yeux fixes et froids et les narines à demi submergées d’un crocodile qui se dirigeait vers elles. Maintenant imaginez la scène : vous êtes assis, le dos contre une paroi bien trop haute pour être escaladée, sans aucune possibilité de retraite, et l’une des créatures les plus dangereuses de l’univers s’avance vers vous – une créature si parfaitement programmée pour tuer qu’elle n’a pas eu besoin d’évoluer depuis 200 millions d’années. L’une des deux femmes prit sa sandale en plastique et la jeta sur l’animal. Elle rebondit sur sa tête, le faisant cligner des yeux puis hésiter. Au même moment, Ginger Faye Meadows tente le tout pour le tout. Elle plongea et se mit à nager vigoureusement dans l’espoir de parcourir la vingtaine de mètres qui la mettrait en sécurité. Son amie resta où elle était. Le mannequin nageait vite mais le crocodile était bien décidé à l’intercepter : à mi-chemin, il la saisit à la taille et l’entraîna sous l’eau.
Selon le capitane du bateau, elle resta sous l’eau quelques instants puis refit surface « les mains en l’air et une expression de surprise totale sur le visage… Elle m’a regardé dans les yeux… mais elle n’a pas prononcé un mot ». Puis elle repartit sous l’eau et personne ne la revit plus. Le lendemain, elle aurait eu vingt-cinq ans.»
Comme Bill Bryson le souligne, ce qui change cette fois, c’est que la victime a vu la mort arrivée, ce qui est assez rare.
Celle qui a durablement marqué les esprits eu lieu en mars 1987 :
« Cinq touristes étrangers longent la côte du Kimberley et décident d’explorer le site de Kings Cascade. Ils y jettent l’ancre et s’éparpillent pour escalader les rochers et piquer une tête. Il y avait parmi eux un jeune mannequin américain du nom de Ginger Faye Meadows. Alors qu’elle se tenait avec une de se amies sous les chutes, toutes deux assises sur un rebord rocheux avec de l’eau jusqu’à la taille, l’une d’elles remarque les yeux fixes et froids et les narines à demi submergées d’un crocodile qui se dirigeait vers elles. Maintenant imaginez la scène : vous êtes assis, le dos contre une paroi bien trop haute pour être escaladée, sans aucune possibilité de retraite, et l’une des créatures les plus dangereuses de l’univers s’avance vers vous – une créature si parfaitement programmée pour tuer qu’elle n’a pas eu besoin d’évoluer depuis 200 millions d’années. L’une des deux femmes prit sa sandale en plastique et la jeta sur l’animal. Elle rebondit sur sa tête, le faisant cligner des yeux puis hésiter. Au même moment, Ginger Faye Meadows tente le tout pour le tout. Elle plongea et se mit à nager vigoureusement dans l’espoir de parcourir la vingtaine de mètres qui la mettrait en sécurité. Son amie resta où elle était. Le mannequin nageait vite mais le crocodile était bien décidé à l’intercepter : à mi-chemin, il la saisit à la taille et l’entraîna sous l’eau.
Selon le capitane du bateau, elle resta sous l’eau quelques instants puis refit surface « les mains en l’air et une expression de surprise totale sur le visage… Elle m’a regardé dans les yeux… mais elle n’a pas prononcé un mot ». Puis elle repartit sous l’eau et personne ne la revit plus. Le lendemain, elle aurait eu vingt-cinq ans.»
Comme Bill Bryson le souligne, ce qui change cette fois, c’est que la victime a vu la mort arrivée, ce qui est assez rare.
Alors, si la vie vous conduit dans ce genre d’endroit, à entreprendre une balade digestive après un repas dominical bien trop copieux, surtout ne prenez pas ces panneaux comme un simple objet exotique.
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