dimanche 11 avril 2010

L’éclectique musée du Northern Territory

Durant mes trois premiers jours passés à Darwin, j’ai pu visiter le Musée des Arts et d’Histoire naturelle du Territoire du Nord que mon Lonely Planet – ma Bible de 1031 pages – disait très intéressant, malgré un nom vraiment peu attrayant. Un nom de musée en somme. Je n’ai pourtant pas regretté les centaines et centaines de miles que l’inconscience du voyageur encore frais m’a poussé à parcourir à pied. C’est donc plus que moite et boiteux que je parviens à ce fameux lieu d'histoire.
Une première galerie est consacrée à la peinture et plus globalement à l’art aborigène. Franchement, l’art n’est pas ma passion première, et c’est surtout pour son divan plutôt moelleux et son air conditionné que je suis resté dans cette pièce un bon moment. Ceci dit, je dois concéder que l’art aborigène est vraiment séduisant. Une harmonie et une sensation de sérénité se dégagent de ces tableaux grâce notamment à un jeu de couleurs tout à fait efficace.

Plus loin, une vaste pièce est consacrée à la faune maritime australienne, et n’a certainement pas été conçue pour battre en brèche l’idée d’une Australie peuplée d'animaux du diable. On y retrouve quelques araignées, serpents, gros poissons, et notre amie, la méduse-boîte. Je laisse le soin de décrire cette reine de beauté à Bill Bryson, dont les hilarantes Chroniques australiennes sont chaque soir à mon chevet, pour mon plus grand bonheur (et intérêt, car le voyageur y apprend pas mal de choses indispensables) :
« Nous avons enfin trouvé ce que nous étions venus voir : une méduse-boîte, conservée dans un bocal cylindrique, autrement dit, la créature la plus meurtrière de tout l’univers. La bête n’est pas très impressionnante : une masse gélatineuse ressemblant très vaguement à une boîte d’environ quinze centimètres, mais traînant derrière elle de très longs tentacules ressemblant à des filaments. Comme toutes les méduses, elle est pratiquement dépourvue de cerveau, mai son pouvoir de nuisance est impressionnant : les tentacules d’un seul de ces monstres portent assez de venin pour expédier ad patres une pleine salle de gens. Or la méduse se nourrit exclusivement de petites crevettes du genre krill, rien qui ne nécessite une telle toxicité. Comme c’est souvent le cas pour la faune et la flore australiennes, personne n’arrive à expliquer pourquoi elle a développé une aussi phénoménale capacité à tuer. »

Pour en finir avec la méduse-boîte, que l’on rencontre facilement si l’on prend un bain dans le port de Darwin, voici un autre extrait, rapportant des faits véridiques :

« Rien n’est comparable à cet être délicat et diaphane qu’est la méduse-boîte, la créature la plus venimeuse de toute la création. En 1992, à Cairns, un jeune homme, négligeant tous les panneaux de mise en garde, est parti faire trempette à Holloways Beach. Il a plongé dans les eaux du Pacifique et s’est mis à nager tout en se moquant de la couardise de ses amis prudemment restés sur le sable. Puis il a poussé un hurlement inhumain – il s’agit paraît-il d’une douleur atroce, la pire qui soit – avant de sortir de l’eau en titubant pour s’effondrer sur la plage. Son corps était couvert de zébrures comparables à celles qu’inflige un fouet là où les filaments de la méduse l’avaient touché, et le malheureux n’a pas tardé à sombrer dans un été de choc convulsif. Les équipes de secours sont arrivées peu après, l’ont bourré de morphine et conduit à l’hôpital. Mais voilà où je voulais en venir : même inconscient, même sous sédatifs, le malheureux continuait à pousser des hurlements. »

D’autres passages suivront, notamment sur l’araignée à toile-entonnoir, la pire qui soit avec la mygale.

Plus loin, un espace a été aménagé en mémoire du cyclone Tracy, responsable d’un désastre sans précédent durant la nuit de Noël 1974. Une pièce est particulièrement intéressante, et une fois encore, la plume de Bill Bryson (je le ferai parler plus d’une fois dans ce blog) raconte mieux que moi ce que l’on ressent lorsque l’on y pénètre (avec l’exagération assez habituelle chez Bryson, qui doit quand même vendre son bouquin) :

« Un peu à l’écart, une petite sale sombre offrait la possibilité d’écouter un enregistrement authentique du cyclone réalisé par un prêtre catholique. Une pancarte à l’entrée prévenait les personnes ayant réellement vécu la catastrophe que cela pouvait provoquer chez eux des malaises, ce que j’ai trouvé un peu alarmiste jusqu’à ce que j’entende moi-même l’enregistrement. Je crois que ce témoignage reste le moyen le plus efficace de vous faire prendre conscience de la puissance terrifiante d’un cyclone. Il y a d’abord des rafales de vent, suffisamment fortes pour laisser présager des ennuis – des branches qui tapent, des portes qui claquent -, et puis cette force augmente encore jusqu’à devenir un hurlement ininterrompu d’une fureur inouïe, ponctué du bruit métallique des toits arrachés et du fracas de lourds débris s’envolant dans la nuit en tuant sur leur passage. Entendre cela dans une obscurité totale, dans les conditions mêmes où se trouvaient les habitants de Darwin cette nuit-là, donne à la démonstration une réalité saisissante d’une efficacité incomparable. Je me suis surpris plusieurs fois à plonger pour éviter le crash d’objets. »

Enfin, la vedette de ce musée, c’est Sweetheart, dont j’ai malencontreusement supprimé les photos. En voici une piquée sur le net…

Sweetheart est un croco de 5 mètres, empaillé, mort lors de sa capture en 1979. Il pesait alors 780 kg. Deux tortues à cou long et une partie de baracuda étaient présent dans son estomac. Depuis quelques temps, il s’acharnait sur les embarcations avec moteur hors-bord. Bien qu’il n’ait jamais tué personne, les gens du coin, à 55 km au sud de Darwin, ont décidé de prévenir plutôt que guérir, si tant est qu’on puisse guérir la victime d’un monstre pareil. Je m’arrête là, car les crocos seront le sujet de mon prochain post.

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