Un atterrissage en Australie, et c’est une autre histoire qui commence, un autre livre qui n’attend qu’à être écrit. Un livre aussi épais que cette île est immense – 14 fois la France –, peu peuplée – 20 millions d’habitants, contre 60 en France –, tout à la fois paradisiaque et inhospitalière, édénique et infernale, sûre et dangereuse. Mon blog, je l’espère, mettra en évidence tous ces contrastes. Trois mots de géographie avant d’aller plus loin :
Outback : arrière-pays. En fait, l’outback est à peu près partout, une fois la ville derrière vous.
Bush : brousse, forêt ou simple savane avec quelques arbustes ici et là. Pas vraiment traduisible, le bush est un peu partout en Australie. Milieu naturel d’évolution de bestioles comme les kangourous, les dingos, les araignées, les serpents, les opossums… C’est aussi dans le bush que les backpackers aiment camper pour se faire peur.
Top End : sans limite terrestre bien définie, le Top End fait partie du Territoire du Nord et englobe la région de Darwin et s’étend jusqu’à la Terre d’Arnhem et le golfe de Carpentarie à l’Ouest.
Darwin est la capitale du Territoire du Nord, qui ne fait pas partie des six Etats australiens comme le Queensland ou le Victoria. Je ne rentre pas dans les détails que je ne connais pas, mais en gros, je peux dire qu’il est plus indépendant et dispose de son propre Parlement. Les députés du Nothern Territory peuvent assister aux séances du Parlement national, à Canberra, mais restent de simples observateurs et ne prennent pas part au vote. Il y a 221 000 habitants dans le Nothern Territory, et près de 100 000 crocodiles en totale liberté.
Dans cette partie du nord de l’Australie, il n’y a que deux saisons, comme en Indonésie : le «wet», la saison humide, d’octobre à mars-avril et le «dry», la saison sèche, d’avril à septembre. Je vis donc en ce moment la transition, une période intéressante. Tous les jours, vous regardez avec effarement le mercure du thermomètre stagner tranquillement entre 33 et 36 degrés, et vous n’avez qu’une appréhension : faire trois pas à l’extérieur. Pendant la nuit, un orage éclate. Un tonnerre si puissant, une pluie si torrentielle, et des éclairs si lumineux que vous vous surprenez en train d’imaginer les dieux en boys band de heavy metal, se fendant la poire en faisant disjoncter le ciel. De l’eau encore le lendemain, et vous vous retrouvez trempé jusqu’à la moelle car une pluie tropicale s’est abattue sur vous au moment où vous étendiez votre linge. Il y a donc un point commun entre ces deux climats : quelque soit la saison, vous êtes mouillé.
Je découvre donc Darwin le 26 mars, à 4h du matin. J’hésite à rester à l’aéroport pour quelques heures. Finalement, la navette me dépose au backpacker Frogshollow que je lui avais indiqué. Bien sûr, à cette heure avancée, personne n’est là pour accueillir le visiteur nocturne. Sauf quelques voyageurs insomniaques. Et c’est David, un British de 19 ans, qui se lève promptement et viens m’ouvrir le dortoir : « Ceci n’est jamais arrivé », me dit-il simplement. Le lendemain matin, sac au dos, je filais à l’anglaise sans régler ma nuit, puisque je n’étais même pas censé être là.Darwin, 70 000 habitants, est une ville calme, très calme, trop calme. Sans réel charme, elle n’en est pas moins agréable à visiter et sûrement à vivre, si ce n’était cette chaleur tropicale, et un manque évident de dynamisme culturel, économique, festif. Humain, tout simplement. Il faut dire que je subis le contre-coup des villes surpeuplées de Java, où il suffit de tendre le bras pour toucher trois personnes. En Australie en général, il n’y a en moyenne que 2,6 personnes dans un kilomètre carrés. Forcément, la fièvre du samedi soir, c’est plutôt à la messe le dimanche matin.
La ville est relativement moderne. Ceci est en partie dûe au cyclone Tracy survenu durant la nuit de Noël 1974, qui a dévasté la ville et tué une cinquantaine de personnes. Nous en reparlerons plus tard.
La ville est relativement moderne. Ceci est en partie dûe au cyclone Tracy survenu durant la nuit de Noël 1974, qui a dévasté la ville et tué une cinquantaine de personnes. Nous en reparlerons plus tard.
Ma première matinée darwinienne fut consacrée aux problèmes administratifs. Je dis problème car c’est ce qu’ils sont destinés à être, de façon naturelle. En fait, ce sont des problèmes avant même que les démarches ne commencent. Il me faut ouvrir un compte dans les premières semaines de mon arrivée. Je choisis donc la Commonwealth Bank, dont je suis sûr de pouvoir trouver des agences locales à peu près partout sur l’île-continent. Mais pour cela, il faut, allez comprendre, posséder un téléphone. Tout ceci fut réglé en une matinée.
Du moins, c’est ce que je croyais, car en réalité, je découvrais un peu atterré quelques jours plus tard… que je n’étais pas en Australie ! J’étais là, mais aux yeux des services d’immigration, je n’étais pas arrivé. Des erreurs d’enregistrement de mon nom sur mon visa, qui m’avaient déjà valu quelques soucis lors de mon arrivée à l’aéroport, ont fait de moi un intrus sur le territoire australien. Je figurais bien dans le système informatique d’immigration, mais sous un nom incomplet. Autrement dit, j’aurais pu rester au pays des kangourous un bon moment, sous un certain nom, sans que les autorités officielles ne s’aperçoivent de ma présence. J’étais ce qu’on appelle plus communément un immigré clandestin ! Dire qu’il suffit de prendre l’avion comme tout le monde et d’atterrir pour devenir clandestin. Pourquoi prendre une pirogue, traverser les océans et risquer sa vie ? En tout cas, ça fait un drôle d’effet quand vous apprend que vous n’êtes pas là où, pourtant, vous êtes, en chair et en os. En l’occurrence, je l’ai appris en demandant mon TFN, Taxe File Number, sur internet, dont le formulaire me communique gracieusement la mention suivante : « Vous êtes autorisé à recevoir un TFN, mais vous n’êtes pas encore en Australie. Attendez d’être arrivé sur le territoire australien pour en faire la demande. » Merci, c’est cool. Ahuri devant l’écran, j’ai remis en question les fondements même de la philosophie cartésienne : « Je pense donc je suis. »
Le TFN n’est pas obligatoire. Mais si je ne veux pas payer 50% d’impôt sur mon maigre revenu, j’ai plutôt intérêt à en faire la demande. Celle-ci n’est pas compliquée en théorie, encore faut-il se trouver là où l’on est vraiment et le faire savoir aux concernés. Bientôt, j’aurai également réglé mes affaires avec ma nouvelle banque, qui me demande un numéro de téléphone pour m’envoyer un mot de passe qui me servira à me connecter sur le site web pour choisir un nouveau mot de passe, lequel me sera nécessaire, ainsi que mon code PIN, reçu par ailleurs, et mon code client, obtenu préalablement, pour activer ma carte de crédit.
Bref, tous ces problèmes existentiels, au sens propre pour une fois, sont en cours de réparation et devraient être résolus sous peu. Devraient. Bientôt, je vais exister.
je t'ai toujours dit que tu étais un immigré clandestin
RépondreSupprimerSalut Géraud
RépondreSupprimerJe suivrai ton journal de bord régulièrement, c'est passionnant à lire : un véritable roman d'aventure avec un peu de géographie, de sciences naturelles, une bonne dose d'humour et tout et tout ...... bravo !!!!!!!!
Mireille COLAS