mercredi 23 février 2011

Melbourne, le choix de l'éclectisme

Il y a les pros-Sydney et les pros-Melbourne. Sydney, capitale du New South Wales a une longueur d’avance, en terme de notoriété internationale, sur Melbourne, capitale du Victoria. Au niveau national, la différence n’est cependant pas si flagrante. Ainsi, les deux ont pour point commun d’avoir déjà accueilli les Jeux olympiques. 2000 pour la première, 1956 pour la deuxième. Faisant de l’Australie, je suppose, le seul pays à avoir organisé deux fois les JO dans deux villes différentes.

La compétition ne s’arrête pas là, elles qui se sont longtemps disputé le titre de capitale (voir précédent chapitre). Mais elles sont également complémentaires et s’opposent en bien des points. A Sydney le show-biz et le business. A Sydney aussi, les superbes criques, le joli centre-ville et les plages renommées. Melbourne rayonne par sa vie culturelle, son cosmopolitisme, la diversité de ses quartiers, son atmosphère détendue.


J’ai séjourné presque un mois à Melbourne, à différents lieux, principalement en couchsurfing. Errant de Fitzroy, le quartier ultra-bobo, « queer » et festif du nord-est, à Saint-Kylda, au sud-ouest, le Saint-Cast pour les Bretons ou le Deauville des Parisiens, en passant par l’éternel backpacker usine du centre-ville, l’Urban central backpacker, véritable blockhaus, coincé entre la station-service de la British Petroleum, l’autoroute et le mac do, j’ai eu une approche globale de cette métropole d’à peine quatre millions d’habitants. Je ne me suis toujours pas habitué au manque de goût évident dans l’architecture australienne. Melbourne ne fait pas exception, au contraire : on trouve, aux pieds des gratte-ciels de vitres bleutées, des maisons de styles victorien ou fédération, et au final une totale incohérence dans la hauteur des bâtiments…
Plus surprenant, Melbourne est une ville au climat changeant où la température peut chuter de 40 à 25 degrés en l’espace de trois heures.

Fitzroy (notamment Brunswick street) et la city. J’y ai rencontré deux graffeurs, Aeon et Dante. L’art de rue est omniprésent à Fitzroy et décore également un bon nombre de murs du Central Business District. Après la guerre, Melbourne devient le centre de l’industrie de la mode. Les quartiers de Flinders street (aujourd’hui artère du CBD), Brunswick street, Johnston street et Collingwood accueille les principales fabriques de vêtements, en laine locale principalement. A Fitzroy, des vestiges d’usines sont encore visibles ici et là, le décor d’antan semble inamovible. Les bars de Smith street, toujours à Fitzroy, ont une ambiance très tamisée, peuplés de jeunes artistes, couturiers, photographes, étudiants, peintres, musiciens...



L’Open d’Australie : l’ouverture et les quarts de final. Pour mémoire, Roger Federer et Rafael Nadal ont tous les deux été sortis en demi-finale. Comptant parmi les quatre tournois du Grand Chelem, avec L’US Open, Wimbledon et Roland-Garros, l’open d’Oz a imposé son style australien : oubliées les petites interviewes télévisées en catimini de Nelson Monfort ou la retenue parisienne et britannique, place au show. Jim Courier, ancien pros des années 90 et consultant pour la chaîne 7, interview le vainqueur à la fin de chaque match, sur le court même. Silence ponctué de rires dans les gradins. Les joueurs se révèlent, se lâchent, font de l’humour.

Le jour d’ouverture, je suis tombé sur le match du Breton Marc Gicquel, celui-là même qui avait atteint les quarts il y a quelques années. Gicquel a jiclé fissa. D'ailleurs, la délégation de joueurs français, l’une des plus importantes du circuit, s’est faite éjectée dès les premiers tours.
Pour les quarts de finals, dans la grande Rod Laver Arena, j’ai pu voir entre autres Na Li, qui se hissera en finale contre Kim Clijsters. Dans son laïus sur le podium à la fin du macth, elle oubliera de féliciter son adversaire et annoncera à son mari présent dans les gradins, qu'il a beau être "un peu gros et moche", elle l'aime quand même!!! Puis place au dieu des dieux dans une confrontation helvétique : Federer vs Wawrinka. Enfin, de nombreux matchs se déroulaient sur les courts externes, et j’ai bien apprécié un match des anciens avec un vieux Cédric Pioline !


Un petit tour à Midsumma, le fameux festival gay et lesbien de Melbourne, où cette communauté y est très développée. Plusieurs milliers de personnes de tous bords, tribord, bâbord, milieu, s’y côtoient chaque année. L'atmosphère est festive et joyeuse.


Le lendemain, je me rends à Bendigo, 130 km au nord. J’y ai visité le père Ivan Page, ancien missionnaire africain aujourd’hui retraité. Changement d'ambiance. Balade dans la ville l’après-midi, et petit coup d'oeil au cimetierre australien des chercheurs d'or chinois!

Ivan Page est quelqu’un d’entier et sensible. Il me parle de la création des Missionnaires d'Afrique, dits « Pères Blancs », par Mgr Lavigerie, au 19e siècle. Il remonte le fil de l’histoire. C’est les larmes aux yeux qu’il en vient à évoquer le martyr des jeunes chrétiens ougandais, brûlés vifs en 1885-87, canonisés en 1964. Ou encore de cet homme pieu qui, durant la guerre, a voulu préserver les trésors de la basilique de Tunis des saccages des Nazis. Il a ouvert la tombe du cardinal Lavigerie, a caressé son cadavre et y a dissimulé les précieux objets.

Mr Page a étudié la théologie à Toulouse et comme nombre d’ecclésiastiques, parle remarquablement bien sa deuxième langue étrangère, le français. Il est un homme cultivé, amoureux des mots, écrivain, et ancien bibliothécaire à la National Library de Canberra, spécialiste du jésuitisme, « dont je ne me revendique absolument pas », précise-t-il en riant.
Le lendemain, une messe m’attend au saut du lit. Dure, la lecture des Evangiles d’une voix pâteuse avant le p'tit déj'. Retour à Melbourne, alors que les inondations dévastent des villes entières de l’outback du Victoria.





Visite de quelques musées, celui de l’immigration et celui de l’image. Comme je l’ai déjà mentionné plusieurs fois, la colonisation de l’Australie par les British a démarré en 1788. S’en sont suivis 200 ans d’immigration européenne et asiatique, faisant de ce pays un melting-pot culturel façon USA. Avant 1830, on ne recense que 70 039 immigrés australiens, des forçats pour la plupart. Les chiffres ne prennent pas en compte les Aborigènes jusqu’en 1971…

En 1839, les premiers immigrants débarquant à Melbourne, sans passer par Sydney, sont Ecossais. En 1851, de l’or est découvert dans la colonie du Victoria, - à Bendigo - c’est la ruée vers l’or, 500 000 hommes et femmes viennent tenter leur chance durant cette décennie, principalement de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, de Chine et d’Allemagne.

En 1885, la future Australie compte 2,7 millions d’habitants, 3,4 en 1895, presque 9 millions en 1950.

Entre 1945 et 1970, l’Australie est la deuxième terre d’immigration au monde après Israël (proportionnellement à sa population). Elle compte à l'heure actuelle près de 22 millions de personnes, dontle quart est né à l'étranger.

Il y a aujourd’hui trois conditions pour immigrer en Australie : la réunification familiale, des compétences professionnelles précises, le refuge humanitaire. Les conditions d’immigration se sont largement durcies depuis quelques années, il est plus difficile désormais d’obtenir un visa permanent.
Mais il est facile de se planquer ici bas, comme l’a fait ce jeune Brésilien : débarqué en toute légalité, il est resté plus de douze ans illégalement après la fin de son visa. Ayant fait ce qu’il avait à faire, il s’est présenté un jour aux douanes, en leur disant qu’il souhaitait désormais repartir dans son pays. Ce qu’il a forcément pu faire en toute tranquillité !

Le 26 janvier, c'est Australia Day, la fête nationale. Tout le monde, enfin beaucoup de gens, en bleu et rouge. Quelques happenings ici et là, comme le très délicat concours des bûcherons. Eh Robert, eeeh! tu pars de traviole, fais gaffe à ton rondin, de Dieu!






Les jardins botaniques, dont mon Lonely Planet dit qu’ils sont les plus beaux au monde… C’est vrai que les marguerites sont très zolies !

En un mot, j’ai préféré la vie melbournienne à celle de Sydney. Non pas que la ville en elle-même soit plus jolie, mais elle est un peu plus surprenante, en un mot, il peut se passer des choses ! Régulièrement ponctuée de festivals ou d’évènements sportifs (tennis, Formule 1…), Melbourne échappe un peu à tout ça, ou du moins est agrémentée d’un je-ne-sais-quoi de plus fantaisiste.

« La vie rêvée des anges »

Car en Australie, il fait beau, c’est propre, les gens sont heureux, serviables, chaleureux, amicaux. C’est politiquement et économiquement stable et isolé de la marche du monde. Autrement dit, c’est un petit coin de paradis, en bas à droite sur le planisphère.

Sauf qu'il ne se passe rien. C’est moooort. La veille ressemble au lendemain qui ne diffère en rien du jour présent. C’est le calme plat dans le quotidien australien. Cela explique sûrement l’intérêt des Aussies pour "la vague", seul élément qui vient créer un peut de mouvement dans une société léthargique. La vague, lorsqu’elle s’annonce belle et bien formée, est une raison presque valable pour ne pas se rendre au travail : on sort le rutilant 4x4 Audi avec la planche fixée sur la galerie et on se jette à l’eau.


Avec une richesse culturelle proche de zéro et un degré de spiritualité – sans parler de religion – inexistant, l’argent, le corps et le sport, le BBQ et la boisson deviennent les cinq piliers de cette société insouciante. Plus belle la vie ! Si ce n’était, donc, ce manque de piment, de grain de sable colporté par le vent qui s’incruste dans une jolie routine, peinarde certes, mais superficielle et lénifiante.

Le cricket et le dernier tatouage de tel ou telle star ont une place de choix dans la hiérarchie de l’actualité australienne. A Adélaïde, 1,5 millions d’habitants, quatrième vile du pays, je feuillette l’Advertiser. A la une et en double page du cahier central : la nouvelle mode de l’épilation des hommes. A commencer par les sportifs de haut niveau. La religion du corps et de la mode. Une amie me confiait récemment : « Mon mari est allé faire de la plongée l’autre jour, dans le cadre de son travail. Il était le seul parmi ses collègues à ne pas être tatoué. »


L’Australie est surtout un pays où la nature a tous les droits, absolument tous. Régulièrement, elle vient rappeler à l’homme qu’il n’est pas grand-chose et n’existe que grâce à elle. Les incendies du Victoria, il y a deux ans, ont causé la mort de 130 personnes. Dix ans de sécheresse ont mis nombre de fermiers à genoux. Durant deux mois, les inondations ont ravagé le Queensland – grand comme la France et la Grande-Bretagne – une partie du New South Wales et du Victoria, répandant la mort, des dysenteries et causant des dégâts matériels incommensurables. Début février, le cyclone Yasi revient à la charge au Queensland, pendant que le bush s’enflamme du côté de Perth, sur la côte ouest. Hier, un tremblement de terre en Nouvelle-Zélande a tué 65 personnes.

L’homme n’est pas plus à l’abri dans l’outback : la superficie totale des déserts australiens est grande comme l’Europe, le manque d’eau, la chaleur, les serpents et les araignées comme seuls rempart à la solitude, font de ce territoire l’un des plus hostiles de la planète. L’Australien se dit alors, allons respirer l’air frais de la côte. Mais les crocodiles à Darwin, où les méduses et les requins partout ailleurs, ont bon appétit. L’année dernière, un type se baigne à Rockingham, à une heure au sud de Perth. Il y laissera une jambe, avant de recevoir l’extrême-onction par son ami prêtre resté sur la plage ! Rebelote il y a trois mois.


Lorsque la politique, l’économie, les guerres, les questions éthiques ou de société, en gros l’action des hommes, font l’ouverture de nos JT, ont souvent une incidence directe sur notre vie de tous les jours, impliquent des échanges, de la réflexion, de la communication et forgent ainsi des acteurs-citoyens, ce sont, ici-bas, les éléments naturels, les faits divers ou la mode qui créent l’actualité et font sensation. Ils sont les seuls à même de bouleverser la vie rêvée des anges d’Australie.

A suivre : Melbourne - Adélaïde

2 commentaires:

  1. bon article Géraud. Pas loin de la vérité a propos de la société australienne. L'australie reste une île, isolée, loin de tout. Guerres et autres troubles politiques semblent bien loin vu de là-bas.

    Rectif: Les USA ont organisé 4 J.O d'été dans 3 villes différentes (L.A, St Louis et Atlanta)

    Bon vent!
    Greg

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  2. Eh eh! Bien vu Greg, merci pour la précision! J'aurais dû m'en douter...
    Bon vent à toi mate!

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