J’ai finalement réussi à dénicher un lift. Je ferai le trajet avec une française, Emilie, 32 ans. Le début a été laborieux : la voiture, un break, devait subir quelques réparations, et surtout être mise au nom d’Emilie qui venait juste de la récupérer d’un ami. Les réparations ont pris cinq jours - une vraie galère en réalité, surtout pour elle qui dormait dans sa voiture – car les garagistes trouvaient chaque jour un nouveau problème, jusqu’à devoir changer le pare-brise. Parce que pour obtenir les papiers permettant de mettre un véhicule à son nom, il faut que celui-ci passe un contrôle technique. Or, cette même voiture avait été checkée quelques temps auparavant et validée par les mêmes garagistes, qui n’avaient pas relevé ces problèmes car, cette fois-là, cela les arrangeait. Enfin passons.
Prochaine ville-étape : Adélaïde, à 730 km. Principal point d’intérêt du parcours : la fameuse Great Ocean Road, une route qui serpente le long de la côte, un peu après Melbourne sur environ 250 km. Torquay (Bell’s beach), Apollo Bay, Cape Otway, Port Campbell National Park, Warnambool et Port Fairy figurent au programme. Et comme toujours, camping au bord de la route ou dans le bush...
Nous dépassons le parc national des Grampians, massif montagneux à 100 km de la côte coupé du monde par les inondations, et poursuivons notre route vers l’ouest.
Nous voilà à la frontière du Victoria/South Australia et Emilie n’a toujours pas ses papiers en règle. Nous faisons halte pour le week-end à Port Fairy où, le lundi suivant, elle pourra régulariser son binz.
Que faire pour tuer le temps ? Des marchés. Ma conductrice a cruellement besoin d’argent. Elle fabrique des bijoux qu’elle vend sur des marchés – c’est également son boulot en France. Le dimanche se passe donc dans une salle d’un marché aux puces, où il y a plus de vendeurs que de chineurs. L’emplacement coûte 33$ pour la journée, qu’Emilie parviendra tout juste à rembourser. J’ai ainsi eu tout le loisir d’apprendre à confectionner des makramés, ces colliers ou bracelets tressés et garnis de pierres et de perles.
J’ai bien sûr pris beaucoup de photos, tentant d’imprimer à jamais cette couleur trop évanescente pour l’esprit. Mais le filtre de l’appareil ne rend pas compte avec justesse de ce bleu décidément imprenable. Voici une photo trouvée sur flickr qui se rapproche le plus de la réalité.

Nous avons ensuite sobrement sillonné les jolis vignobles de la région – dont les « châteaux » en tôle manquent malheureusement de cachet - en laissant tout de même nos papilles s’exercer à un surprenant vin rouge frais et pétillant, ayant du corps et de la cuisse. La nuit est tombée depuis plusieurs heures lorsque nous atteignons Adélaïde.
Courte halte en South-Australia
L’Etat d’Australie-Méridionale est à 70% désertique. Mis à part sa capitale, Adélaïde, il n’y a que des steppes de terre rouge, tâchée de vert par de petits arbustes épineux, et parfois jaunie par des touffes de spinifex, l’herbe emblématique du Red Center. En fait, il y a bien, dans cet Etat, une ville incontournable au propre comme au figuré : Coober Pedy, ville minière troglodytique et capitale mondiale de l’opale. Ce sera pour le prochain chapitre.
Le spinifex, c'est ça. C'est rêche et coupant dans la main de l'homme, mais les kangourous s'y vautrent pour faire la sieste.
Car Adélaïde ne présente aucun intérêt majeur. Glenelg, où je réside pour trois jours, est la banlieue huppée de la ville, et sauve la mise, sa plage et son petit centre recréant une ambiance village très agréable.
Adélaïde. RAS ! Et garde-à-vous quand on attend le bus !
A Adélaïde, je suis en mode couchsurfeur pour la troisième fois, après Porto Rico en octobre, et Melbourne. Je logerai encore dans une share house, une coloc de jeunes très relax. Le jour de mon arrivée, la cuisine était dans un bordel innommable. Pourtant habitué des apparts de lendemain de soirée, j’admets que celui-ci joue dans le haut du tableau. Enoncé du problème : la maison dispose d’un arsenal en matière de couverts. Tous finissent par s’entasser dans la grande cuisine. Partout, depuis des jours ! Question : lequel des cinq occupants sera le plus motivé et le plus civilisé pour aller racheter du PRODUIT VAISSELLE ??!Grace,à gauche, mon hôte de couchsurfing
Il ne faut pas moisir en South-Australia. Je trouve heureusement un lift assez rapidement. C’est en compagnie de Mirjam, 26, Néerlandaise, et Laurie, 19, Québecoise, que je tracerai la piste en van jusqu’au beau milieu du désert pour aller admirer le plus massif et le plus célèbre caillou de la planète : Ayers Rock, Uluru en langue aborigène.
A suivre : vers le Dreamtime, à travers le grand vide austral
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