jeudi 10 février 2011

De Sydney à Melbourne via Canberra, pas si capitale

Le trajet nous a pris sept jours. Ne changeons pas les bonnes habitudes, changeons juste d’équipe, pour l’instant toutes gagnantes. Cette fois, c’est Joerg, un Allemand qui sera mon « travel mate » pour la semaine. A bord de la voiture fétiche des backpackers : une Commodore, l’équivalent de la Ford Falcon break.
Mais avant, revenons au 30 janvier, et surtout au 31. Avant de quitter ma ferme, je me suis bien sûr soucié d’un endroit où passer la nuit du nouvel an, et les suivantes. Misère ! Tous les backpackers sont bookés depuis des mois. Trois millions de visiteurs débarquent dans la plus grande ville d’Australie pour admirer le soi-disant plus beau feu d’artifice au monde.

C’est à Avalon, sur les « northern beaches » que je trouverai où dormir pour le prix d’une demi-bouteille de whisky. Je loge chez les amis écossais d’un Breton rencontré quelques mois auparavant sur le marché de Uki, près de Murwillumbah, au sud sud-ouest de Brisbane ! Des gens d’une grande hospitalité. En photo, Maye, la fée du logis, d’une gentillesse déconcertante !


Parlons-en de ce feu. Des gens campent depuis plus de 24 heures dans les jardins botaniques. Ceux-ci ont fermé à 8h du matin le 31, archi combles ! Les journaux affirment que cette anée, la mairie a mi le paquet. Cela s'annonce grandiose.
Pour ma part, je n’aurai à attendre « que » deux fois trois heures... pour deux feux de douze minutes… Dur. Mon spot – Circular Quay – n’était cependant pas mauvais du tout, avec une vue directe sur l’opéra, et une vue moins bonne sur le Harbour Bridge. Mais voilà, quand on fait le pied de grue durant six heures, que les espoirs d’assister à un spectacle de qualité sont proportionnels au temps d’attente, ben la déception est souvent grande. Et fut partagée par plus d'un quidam ce soir-là.

En remontant George Street, principale artère de la ville, nous croisons Serge – nous l’appellerons ainsi – sa femme et son fils. Serge vient de Grenoble, comme l’indique son maillot de rugbyman. Il n’est pas content du feu d’artifice, qui touche au ridicule selon lui : « A Annecy, le feu, il dure 1h40 le feu, 1h40 le feu ! » Les mots sont martelés au rythme du pouce et de l’index joints façon maestro. Puis la conversation se prolonge. Se prolonge. Se prolonge. Se prrrolooongeee. Se prrrr.. hmmm, pschhh, hmm, pschh. Les 35 heures, les banlieues qui crament, les stades de foot qui s’enflamment, les Français qui ne travaillent pas assez, les grèves... Serge déverse une faconde poétique qu’il a récitée maintes fois, et qu’il répète une fois encore, ici, si loin, alors qu’il est venu pour oublier le fardeau quotidien de l’artisan français. Regard circulaire : dans la rue archi bondée, les gens ont la banane, semblent heureux, font le choix de la « positive attitude » pour la nouvelle année. Allez, Serge, sourit quoi.




Sur la route
Il n’y a pas de sites réellement incontournables entre Sydney-Melbourne. Vraiment, non, je ne vois pas… Ah si, éventuellement, il y en aurait un. La capitale australienne mériterait peut-être un détour... Canberra, probablement la capitale la plus déconsidérée au monde, à la fois par les Australiens et les touristes. Ignorée, moquée, montrée du doigt, cette ville a été dessinée à la règle avant la toute première pierre, et ne revêt pratiquement aucun charme, si ce n’est ses grands espaces verts aménagés aux bords d’un vaste lac circulaire, tout aussi artificiel.
C'est en 1908 que ce lieu reculé a été choisi pour départager Sydney et Melbourne qui se disputait le titre de capitale.

Canberra est une ville peuplée de bureaucrates, de politiciens, d’étudiants et d’officiers. Et pour cause : le Parlement national s’y trouve, les archives et la Bibliothèque nationales, quelques galeries d’art, l’université australienne… et la tente-ambassade aborigène.
Posée en face de l’ancien Parlement le 26 janvier (fête nationale) 1972, cette dernière est le symbole de la lutte contre la non-reconnaissance des droits des Aborigènes à la terre – la leur depuis 60 000 ans – et à l’auto-détermination. A quelques mètres de la cabane, je rencontre Robin Mc Namee, immobile et désoeuvré sur sa chaise de permanencier, au milieu d’un campement déserté. Il m’évoque sa drôle d’ascendance : il vient du clan des Aranda par son père et des Djaru par sa mère, mais son grand-père était Irlandais et un autre arrière grand-père était Pachtoun (Afghan) ! Nous entamons un dialogue intéressant. Lui expliquant avoir lu ici et là que l’arrivée (ou l’apparition) des Aborigènes en Australie restait non élucidé, qu’ils seraient venus d’Indonésie à une époque où les embarcations ne permettaient pas de longues traversées, il me réplique que ce sont là « les théories des anthropologues [sous-entendu blancs]. Nous soutenons que nous avons toujours été là. » Ce qui est sûr, c’est qu’ils y étaient avant l’arrivée des Pommies, lesquels ont prétendu débarquer sur un terre vierge de toute population.

Concernant les Aborigènes, c’est toujours le statu quo politiquement. J’espère avoir le temps de revenir sur ce peuple très mystérieux, dont l’histoire récente – depuis 1788 – est constituée principalement de massacres et de spoliation, sans tomber dans une vision manichéenne de l’histoire coloniale. Je peux cependant déjà vous dire qu’il est impossible (interdit par le gouvernement il me semble même) d’intégrer un clan, si tant est que ses membres veuillent bien accueillir un blanc, usurpateur de leurs terres ancestrales. Et d’ajouter que, sous ses aspects de contrée insulaire prospère et bon enfant, en marge du village global, l’Australie doit, elle aussi, vivre avec un passé qui n’a de cesse de la hanter à défaut de pouvoir la rattraper.

Quelques plages et des pingouins
Le reste du voyage se passe de commentaires. Le temps, très mitigé, ne nous a pas toujours permis de profiter au maximum des belles plages ni de surfer à volonté. Un soleil radieux nous attendait cependant à Malacoota, ravissante station balnéaire, idéale pour surfer dans une eau translucide.
Le premier animal en photo est un possum (opossum en français). C’est à Philip Island, et plus tard à Melbourne, que je rencontrerai mon premier pingouin. Cette région de l’Australie a pour particularité d’accueillir une population des Little Penguins, les plus petits au monde.



A suivre : Melbourne, le choix de l’éclectisme

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