lundi 27 décembre 2010

Sydney, l’Australie des cartes postales

5h30 du matin, aéroport Charles Kingsford Smith de Sydney. Je descends de l’avion et embrasse la terre, sans pour autant me prendre pour l’homme en blanc chanté par feu Pierre Bachelet. Je viens seulement de passer plus de 30 heures dans trois avions différents. Retour au bercail après une parenthèse portoricaine pour le moins dépaysante.



Avant de quitter Sydney, j’avais réservé mon backpacker pour une semaine à mon retour, en plein Central Business District. Je n’avais cependant pas pris en compte les changements de jour qui s’opèrent au milieu du Pacifique, et j’arrive de l’autre côté du globe deux jours trop tard. Mon lit n’est plus disponible, circulez. Pour trouver un autre backpacker au prix abordable, une seule solution : se rendre à King’s Cross.

King's Cross. Je sillonne la Darlinghurst Street, principale artère du quartier. Nul besoin de s’enfoncer davantage dans les ruelles avoisinantes pour se faire une idée du lieu. Ainsi mes yeux fatigués se fixent-ils sur cette lady vissée sur talons et calée dans une jupe noire trop mini. Je regarde ses bras, puis mes cuisses, ses bras… Les mêmes, gras et poilus. Un peu plus haut, ses joues empourprées semblent bien rêches pour être celle d’une femme digne de ce nom. Un peu plus loin, une fille au teint cadavérique et aux paupières mi-closes, serpente sur le large trottoir, se heurtant à chaque lampadaire et à chaque poubelle, qui l’empêchent de s’étaler pour de bon sur le bitume. Quelques commerces aux néons aguicheurs sont fermés. Le sexe ne se vend guère à 10h un samedi matin.
Je passe devant une porte ouverte, discrète, coincée entre un petit coiffeur asiatique et un bureau de change indien. Je lève le nez : Brado’s backpacker. J’hésite devant le raide escalier en bois, et soupèse des yeux mes sacs de 25 et 10 kg en soupirant. Chance, des chambres sont disponibles, pour 120$ la semaine, un très bon prix. Le confort y sera, comme toute attente, minimal et mon dortoir de douze révèlera un véritable baisodrome.
Bienvenue à Kings Cross, le quartier classe de Sydney. Selon le manager de mon backpacker, également guide pour ses pensionnaires, Queen’s Cross aurait été rebaptisé Kings Cross en l’honneur du roi Edouard III. Après vérification, cela est peu probable puisqu’Edouard III est né et mort au 14e siècle, donc aucun lien avec l’Australie, découverte quatre siècles plus tard. Il s’agit davantage du septième Edouard, qui succéda en 1901 à sa mère, la fameuse Victoria (qui elle, a donné son nom à l’un des Etats australiens).
Dans les années 70 et 80, « The Cross » est clairement la place florissante pour la prostitution, la drogue et les règlements de comptes qui vont avec. Wikipédia va carrément jusqu’à écrire que le crime organisé y a son QG, encore aujourd’hui. Bon, si Kings Cross n’est ni le Naples de la Camora, ni le Chicago d’Al Capone, il ne fait guère bon de s’y aventurer seul la nuit. Lorsque vous dites aux Australiens que vous séjournez à Kings Cross, vous gagnez une belle grimace et une ribambelle de mises en garde. Les années 90 voient les backpackers pousser comme des champis, hallucinogènes probablement. Aujourd’hui, le coin est « safe but still rough », selon Matt , « sûr, mais encore dur ». La zone, délimitée à l’ouest par Hyde Park et les Royal Botanic Gardens, a été largement nettoyée au Kär… au jet d’eau super-puissant de toute la raca… de toute la mauvaise graine. Les junkies sont étroitement surveillés, et le quartier, entouré de quartiers aisés, ne semble guère agité, du moins en plein jour. Bref, je m’y suis senti à mon aise !

Un hummer-Limousine, ce qu'on appelle un luxe tapageur !
L'enseigne Coca-Cola, identifiée à Kings Cross.

Bondi Beach. Elle commence au skate park. Des gamins, pas plus haut qu’un mètre vingt, se jettent dans une demi-sphère bétonnée et glissante, remontent tout aussi vite, font flipper – tourner dans l’air - leur petite planche avant de tenter un « slide » sur une barre en fer. Impressionnant.
Bondi, LA plage de Sydney. La plage où il faut se montrer. Le sable doux, le grain fin et chaud sur lequel il faut se prélasser. Lui doit savoir bomber un torse musclé, épilé, bronzé, huilé. Elle, porte un bikini couleur soleil, des lunettes D&G coincées dans une longue crinière au vent, est encadrée par deux copines tout aussi bimbos. Les sportifs – les vrais - sont dans l’eau, sur une planche. En Australie, la glisse est une religion et le surf son Dieu. Les maîtres nageurs en rouge et jaune – les meilleurs au monde dit-on – rappellent les surfeurs à l’ordre. Les vagues sont parfaites pour des non débutants. Bondi Beach, c’est fait.

Manly. Situé très loin du Business Center, il faut prendre le ferry pour se rendre à Manly, au nord. 30 minutes montre en main. Je dois m’y rendre pour visiter Oceanworld, qui s’avère une vraie bouse. Comme un bon touriste, j’ai acheté un pass découverte qui me permet de me farcir quatre des principales attractions de la ville pour 50$, alors qu’une seule entrée séparée coûte déjà 20$. Sydney, c’est ruineux. « 15$ pour rentrer dans la place, et 50$ pour trois shots et trois verres ! », me raconte Matt, le fis aîné de la famille chez qui je vis en ce moment, qui rentre d’un week-end arrosé à Darling Harbour.
Bref, Manly a un petit côté british et une atmosphère reposante qui ne m’a pas déplu. Le jour où je m’y rends, le surf fait son festival, ô surprise. Un peu plus loin sur la grande plage, une dizaine de filets sont installés en rang d’oignons et, par équipe de deux, jeunes et moins jeunes s’exercent à l’un des sports les plus populaires dans le pays, après le surf, le cricket et le foot australien : le beach-volley.
Je suis intrigué par cette énorme bâtisse au style géorgien je dirais, érigée au sommet de la colline surplombant la plage. Il s’agit de l’International College of Management. Le bâtiment, les jardins et les belles carrosseries ne sont pas sans rappeler Cambridge, en moins grandiose bien sûr.


L’opéra, le pont, un peu d’histoire. Beautiful. C’est vrai, c’est aussi ça l’Australie : l’Opéra House et le Harbour Bridge, dans un port unique au monde, Port Jackson. Les yeux ne se lassent pas de les encadrer dans le même champ de vision. Non loin, implanté au pied du pont, The Rocks – ses bâtiments sont faits de grès - est le plus vieux quartier de Sydney, celui où marins, prostituées, gangs en tout genre y avaient élu domicile.
Pour parler du nombril de Sydney, je vais recourir à mon auteur de chevet que je n’ai pas cité depuis Darwin, Bill Bryson. Il décrit le Harbour Bridge en ces termes, et je partage complètement son opinion, ça tombe très bien !
« L’Opéra est un édifice splendide et je ne permettrais à personne d’y toucher, mais mon cœur appartient au Harbour Bridge. Il n’a pas son allure festive, mais il est bien plus imposant. En fait, vu de n’importe quel coin de la ville, ce pont s’insinue dans le paysage (…). De loin, il possède une sorte de dignité courtoise, une majesté discrète. Mais de près, il n’est que masse et puissance. Il se dresse au-dessus de vous, si haut qu’on pourrait faire passer un immeuble de dix étages sous son arche, si lourd que rien ne peut lui être comparé. Tout dans ses matériaux – les blocs de pierres de ses quatre tours, le treillis de ses poutrelles, les plaques métalliques, les six millions de rivets (avec chacun une tête de la taille d’une demi-pomme) se situe dans la catégorie « géante » de son espèce. C’est un pont qui a été construit par des gens qui avaient vécu la révolution industrielle, des gens qui disposaient de montagnes de charbon et qui possédaient des hauts fourneaux dans lesquels on aurait pu faire fondre un cuirassé. L’arche seule pèse trente mille tonnes. Voilà ce que j’appelle un pont. »
Il mesure 536 mètres de long et raccroche le nord avec le central Business District et les quartiers sud de la ville.
C’est de ce pont qu’est tiré, chaque 31 décembre, le plus beau feu d’artifice au monde. J’y serai dans trois jours !

Difficile d’imaginer qu’en 1950, Sydney n’est qu’un trou ignoré du vaste monde. Sa rivale Melbourne l’éclipse. A l’endroit où se dresse aujourd’hui l’opéra, les tramways y avaient leur dépôt !
Le candidat danois Jorn Utzon fut retenu pour élaborer le projet d’un lieu propice au déroulement de productions théâtrales et musicales. Le jeune architecte de 37 ans, inconnu, débarque à Sydney, les travaux démarrent en 1959 et l’opéra ne sera inauguré qu’en 1973 ! Entre temps, en 1966, Jorn Utzon sera simplement renvoyé, suite à un différend avec le nouveau gouverneur de l’Etat. Tout n’est que politique…
Elaborer et édifier ce bâtiment s’avéra une véritable galère. Rien que pour la toiture, il fallut cinq ans pour la concevoir, alors que le chantier ne devait pas durer plus de six ans au total. Concernant son coût, les chiffres sont pour le moins variables : Bill Bryson, et son goût prononcé pour l’hyperbole, évoque la bagatelle de 200 millions de dollars, soit 14 fois le budget initial, tandis que wikipédia avance le chiffre de 100 millions au lieu des 7 alloués, ce qui fait toujours 14 fois plus. J’aurais dû demander un entretien privé avec le directeur de l’Opéra House, mais il se serait mis en quatre pour me recevoir, cela m’aurait gêné.
Toujours est-il que près de 2400 spectacles sont donnés chaque année sous le million de tuiles en céramique blanche, dans les cinq théâtres. La plus grande salle, The Concert Hall, avec 2 679 sièges, abrite le plus grand orgue mécanique du monde : 10 000 tuyaux !
Quant au toit, il qui réunit en lui toute l’originalité de l’œuvre. Il a été comparé à des quartiers d’orange, des coquillages, à un voilier, à une mêlée de religieuses, à une machine à écrire garnie de coquilles d’huîtres… bref, laissez libre cours à votre imagination, selon l’appréciation esthétique que vous lui accordez.

Les muséums et aquariums. En diapo, l’Australian museum (histoire naturelle), l’Aquarium, le Wildlife World, et l’Oceanworld. Pas mal dans l’ensemble, mais sans plus lorsque l’on a eu la chance d’observer la faune, ici emmurée ou empaillée, dans son habitat naturel. J’ai déambulé devant les grands aquariums d’un air fasciné, béat, amusé. « Regarde comme cette tortue a une tête idiote », commente une dame âgée à côté de moi, dont la tête me rappelait curieusement celle de ladite tortue.
Le platypus – petit mais dangereux - et les dugongs herbivores sont les vedettes du grand aquarium et emblématiques de la diversité et de l’étrangeté du monde animal australien. Enfin, ne vous endormez pas devant la (trop) longue série de requins, mais je n’y peux rien, ils me fascinent !



La tour à touristes. Mon esprit simple et chauvin me conduit à écrire que la Sydney Tower a tout à envier à notre tour Eiffel, excepté les neuf mètres qu’elle a en plus des 300 de sa cousine – très éloignée – parisienne. Voici un tour de Sydney en diapo à 360° !


Voilà une partie du Sydney touristique, tel que j’ai pu le découvrir. Bien sûr je n’oublie pas qu’une ville, c’est avant tout une population. Avec ses 4,5 millions d’habitants, Sydney est au cœur de l’Australie dite civilisée, celle du coin inférieur droit du pays, qui part de Brisbane au nord, jusqu’à Adélaïde, au sud. Soit 5% du territoire, soit 80% de la population.
Les gens de Sydney sont parfois décrits comme arrogants par les « provinciaux », eux-mêmes parfois déconsidérés par les « sydneysiders ». Un refrain bien connu, « Paris et le désert français… », blabla. La majorité a cependant pour point commun de se faire une certaine idée de l’Australie, comme De Gaulle se faisait « une certaine idée de la France ». Autrement dit, ne remettez pas en cause leur patriotisme ni leur fierté d’être australien. Problème, les seuls pouvant se targuer d’être d’origine australienne, ce sont les Aborigènes, qui peuplent cette île depuis au moins 40 000 ans, dont la population est aujourd’hui estimée à 385 000 individus. Les 21 autres millions d’habitants sont soit descendants de bagnards anglais, les premiers colons de 1788, soit des immigrés américains, asiatiques, européens… Nous y reviendrons.



A suivre : l'idéal-type wébérien appliqué à l'Australien.

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