mardi 30 novembre 2010

L'hiver est passé, let's go to Sydney !

C'était le plan de base : laisser passer l'hiver dans le sud, rester dans les températures raisonnables - 25°C, maillot de bain et tongues -, et utiliser ce laps de temps pour travailler.

Alors j'ai travaillé. J'ai pêché : trois fois quinze jours en mer (lire par ailleurs). Le lendemain de mon deuxième retour à terre, je me rends au Flight Center de Mooloolaba, où je séjourne quand je ne suis pas en mer. En discutant avec les demoiselles de l'agence de voyage, en leur expliquant que la pêche et moi, c'est fini, que je recherche un boulot plus terre-à-terre, l'une d'entre elles me dit que son compagnon est responsable d'une compagnie de construction de piscines. Pourquoi pas? C'est moins profond, et il y a moins de requin dans le petit bain. Dix minutes après avoir quitté le Flight Center, j'avais un nouvel emploi.

Pendant quinze jours, à raison de trois fois par semaine, dans la très cossue zone pavillonnaire de Noosa Heads, j'ai donc endossé la chasuble d'ouvrier, huit à douze heures par jour. Manier la barre à mine et la scie circulaire, c'est mon truc ! Un matin, mon boss - un authentique Queenslander qui aime (beaucoup) la bière... et les voyages, ce qui reste rare ici bas - me dit :
"Tu vois ces longues barres d'acier là-bas? Le camion n'a pas pu les transporter plus proche. Il faut donc que tu les amènes, cinq par cinq, de l'autre côté, près de la piscine. Il y en a 800, tu as la journée pour ça."
En temps normal, une fois le patron parti, j'aurai émis un profond soupir, levé les yeux au ciel, et ragé en mon for intérieur : "Putain, mais qu'est-ce que je fous là?". Sauf qu'après un mois de travail sur un thonier, dix-huit heures par jour, et un cerveau d'homme-machine, vous avez juste l'âme d'un superman. Enthousiaste, ma réponse, accompagnée d'un large sourire type cadre bancaire dynamique, fut donc :
"No worries, mate! Let's go!"
Et d'établir un nouveau record personnel : 4,2 tonnes d'acier charriées en six heures.

Les fondations...
Les barres d'acier de six mètres...



Puis la pluie arriva, sans discontinuer pendant une semaine. Plus de chantier, plus d'acier à charrier, à plier, à couper, plus de fondations à bâtir. Balade sur le port de Mooloolaba. Dernier voyage en mer, qui m'a rapporté deux dollars et des emmerdes. Je laisse Mooloolaba derrière moi, il faut reprendre la route.
Une rencontre insolite lors d'une descente raide, très raide!

Deux country men, chantant Jonnhy Cash sur un marché.
Un marchand d'Akubra, le chapeaux aussie par excellence.

Pour rejoindre Sydney, je ferai une entorse à mon règlement personnel : je voyagerai avec des Français. Victor - que j'ai connu du côté de Darwin, sept mois auparavant et que je ne me lasse pas de retrouver à chaque fois que nos chemins se croisent - descend la côte avec son père jusqu'à Adélaïde où l'avion pour la France les attendent fin novembre. Un lift (covoiturage) bienvenu, et je retouve le bon vieux van de Cairns dans lequel j'ai dormi deux semaines!



Le trajet nous a pris une petite semaine. Beaucoup de route pour l'essentiel. Personne n'a de temps à perdre.
Hubert est chef de salle dans un restaurant parisien, et Victor est pâtissier. J'étais donc tout désigné pour la plonge... après un repas aussi basique que goûteux et équilibré. Comment faire bon, équilibré et pas cher? Faîtes place à la première qualité chez un cuistot : l'imagination.

Je passe sur Brisbane dont j'ai déjà parlé à l'occasion de mon séjour dans la troisième ville du pays, en juin. Je commence à la connaître après toutes mes errances de l'été dernier. Voici une série de photos montrant l'intérieur du Parlement du Queensland. Comme je l'ai sûrement déjà mentionné, il y trois échelons politiques : national - le pouvoir législatif siège à Canberra -, étatique - chacun des six Etats australiens possède sa propre assemblée -, local, - les conseils municipaux, qui ont un large rayon d'action. En 1859, la reine Victoria approuve la constitution du "Cooksland" - qui devient vite Queensland -, et la nouvelle colonie se sépare alors du New South Wales (l'Australie ne sera unifiée qu'en 1901, nous en reparlerons. Enfin peut-être). Le bâtiment est construit entre 1865 et 1868. Troué comme du gruyère par les termites, il sera renové entre 1979 et 1982 pour la bagatele de 13,8 millions de dollars. Les députés sont élus ou réélus tous les trois ans, et représentent 30 000 votants.



Parlement du Queensland - impression photo

Surfer's paradize. J'y également déjà mis les pieds, en juin dernier. Toujours aussi dépourvu d'intérêt architectural ou culturel, la petite Vegas australienne est kitch et prétentieuse. Surf, sex and sun rythment un quotidien valable d'être vécu s'il se termine sur une gorgée de vodka avalée sur un dancefloor bondé d'ados endimanchés.

La plage, d'une longueur impressionnante, vaut cependant le coup d'oeil et la baignade. Le rip - phénomène de courant très fort qui emporte les baigneurs au large d'un seul coup et ne laisse aucune chance où presque de revenir - y est apparemment dangereux; je l'ignorais jusqu'hier. "Les touristes asiatiques débarquent à l'aéroport et se rendent directement à la plage, avec leur valise. Ils ne parlent pas un mot d'anglais, ne savent pas lire les panneaux, ne connaissent personne, et disparaissent en un rien de temps", m'explique Kate, la personne chez qui je vis en ce moment.


Un peu plus au sud, Byron Bay. Déjà vu également, et c'était sous un soleil radieux. Cette fois en revanche, je ne manquerai pas la petite escapade jusqu'au "lighthouse", le fameux phare. Un crachin brumisateur colporté par un vent d'ouest, un phare blanc entouré d'une lande dégarnie, des rochers écharpés en contrebas sur lesquels une écume blanche vient s'écraser et ruisseler depuis des lunes : le temps d'une matinée, je suis revenu quelque part entre le cap Fréhel et la Pointe du Raz.

C'est de ces rochers, dit-on, que l'on peut apercevoir Migaloo, la seule jubarte blanche au monde. Herman Melville serait-il un jour passé par Byron Bay? Point de baleine blanche en vue ce jour-là, mais, est-ce le fruit de notre imagination touristique -, nous semble-t-il deviner des jets d'eau provenant de la surface. Impossible d'assurer qu'il s'agissait de baleines, mais il y avait bien un ban de gros poissons sous la ligne d'horizon.

Puis nous quittons le littoral pour deux jours et nous enfonçons dans les terres, direction les vignes de la Hunter Valley. Le vin australien s'est révélé sur le marché mondial depuis un certain temps. Personnellement, il continue de me décevoir, même si son avant-goût tonique n'est pas sans susciter quelques émotions gustatives! Mes papilles, j'en suis certain, restent fidèles au Bordeaux.

Deux vins ont fait la notorité de la région : le Sémillon, et plus encore, le Shiraz. Chaque fois que ce dernier nom me vient à l'esprit, je ne peux m'empêcher de penser à cette ville iranienne abritant une centrale nucléaire... Mais je n'irai pas jusqu'à dire que le raisin australien est enrichi d'uranium!
Pour goûter un bon vin australien, attendez-vous à payer le prix fort. L'alcool en général est très coûteux en Australie. 2005 et 2007 ont été les meilleures récentes cuvées dans la région.

Le 17 octobre, Victor gare son van sur la rive nord de Sydney. Comme les cinq nuits précédentes, nous dormons clandestinement dans le véhicule, tous rideaux tirés. Avec en prime, une vue de carte postale sur Harbour Bridge et l'Opéra.




A suivre : Un Français à Sydney

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