Neuf mois après avoir quitté le bercail, à quatre mois jour pour jour de mon retour, il n’est pas inutile de faire un petit point : où suis-je allé ? Qu’ai-je fait, qu’ai-je vu ? Quels sont mes projets pour les semaines et les mois à venir ?
Mon aventure australienne a commencé à Darwin, le 26 mars, après un hors d’œuvre touristique d’un mois en Indonésie. Peu sont les backpackers à démarrer leur périple au nord du continent. Avec ses crocodiles, ses serpents, son gigantesque Kakadu national park, ses propriétés désertiques et grandes comme un pays européen, le Territoire du Nord est l’Etat emblématique de la vie sauvage en Australie. A Fogg Dam, ma première expérience de wwoofer fut une réussite et m’engagea à la réitérer un peu plus tard.
Au bout d'un mois environ, il fut temps de se remettre en selle. Je fis route à bord d’une Ford Falcon break, avec un Allemand et un Québécois. Notre traversée du Kakadu, du Litchfield park puis du désert dura une semaine, au terme de laquelle nous atteignîmes le nord de la côte ouest.
Cairns. Trois jours après mon arrivée, un vieux russe appelé Greg nous proposa de faire quelques travaux de chantier dans la maison de son fils. Greg enchaînait les bières et les bouteilles de plus en plus machinalement, tandis que David, le Québécois, retrouvait ses vieux potes et retombait dans ses acides. Il serait aujourd’hui en Thaïlande, et je me demande si ce bonhomme trouvera sa route un jour.
Je me mis alors en quête de mon premier vrai boulot. En lieu et place de travail, j’ai finalement trouvé mon amie, Nadine. Avec elle et Victor, le week-end à Cape Tribulation, au cœur des forêts tropicales du Daintree national park, fut mémorable.
Les quinze jours passés sur la route de Cairns à Brisbane restent pour l’instant mes meilleurs souvenirs. De la Grande Barrière de corail à Fraser Island en 4x4, en passant par Cape Hillsborough et ses kangourous, sans oublier les romantiques Whitsundays, le road trip fut simplement magique.
Nadine a poursuivi sa route vers Sydney, Hawaï, la Californie, puis la Suisse. Quant à moi, je me mettais difficilement dans la peau d’un chercheur d’emploi. C’est, dit-on, toujours plus dur pour ceux qui restent. Un premier cap mental à franchir. Brisbane ne me plût guère et tourner en rond dans une usine à backpackers me rendait fou. Il fallut rebondir, et vite. Je me tournai vers ma roue de secours : le wwoofing. Echapper à la ville, intégrer une famille, s’occuper les mains et l’esprit.
Je descendis à Murwillumbah, l’arrière-pays new-age-hippie de la Gold Coast. Coincée entre Mont Warning et Byron Bay, à 50 km de Nimbin, cette région, étalée entre mer, montagnes et campagne, entre plantations de cannes à sucre et de marijuana, est plus intéressante qu’elle ne le laisse supposer, et je me dis aujourd’hui que j’aurais manqué beaucoup en passant à côté. J’y ai passé trois semaines en wwoofing intensif, à trois endroits différents. J’ai participé à la rénovation d’une maison, cueilli des fruits de la passion dans une ferme biologique, grimpé le sommet le plus haut et le plus oriental du pays…
Décidé à trouver un boulot rémunérateur, je remonte en quatrième vitesse une bonne partie de la côte est, jusqu’à Bundaberg, capitale du rhum… et du « fruit picking ». J’y ai touché le fond : backpacker moisi, esclavagisme à la courgette et à la tomate. Aujourd’hui, la rancœur est bien sûr passée, d’autant plus oubliée que j’ai pu, quelques mois plus tard, arnaquer l’arnaqueur non sans un certain plaisir…
Retour à la case départ : Brisbane. Je retrouvai des amis français rencontré sur la route Darwin-Cairns. Au cours d’une soirée, ils me parlèrent de ce Français qui avait été embauché comme deckhand sur un bateau de pêche, non loin de là. Je n’osais y croire sur le moment, mais saisit ma chance et dans la semaine qui suivit, je voguais sur un thonier à 300 km des côtes australiennes. Après 45 jours de mer, 20 tonnes de poissons, quelques tempêtes, tours aux toilettes et galettes, je n’étais pas fâché de reprendre une vie physiquement stable ! J’en garde des souvenirs indélébiles et un intérêt prononcé pour le monde du silence.
Je posai le pied à terre à l’aube du 12 octobre. Le soir même, Victor, accompagné de son père, passaient me prendre au backpacker de Mooloolaba, pour poursuivre vers la première ville d’Oz : Sydney (article à venir).
Je n’ai pas vu Nadine depuis début juin. Mon avion pour les Caraïbes décollait le 19 octobre. Puerto Rico n’est pas la porte à côté, mais nous nous retrouvâmes là-bas pour trois semaines. Changement radical de décor.
Retour difficile au pays, le 11 novembre. Malgré tout, je suis parvenu à faire un tour de Sydney relativement complet en une semaine. Et à trouver les ressources nécessaires, au propre comme au figuré, pour vivre une nouvelle expérience typiquement australienne : jackeroo, le cow-boy australien (article à suivre). La tonte des moutons, le mustering (encadrement, à cheval, du bétail dans les montagnes), la réparation des clôtures barbelées, le lancer de lasso ou encore le placage des veaux à mains nues ont constitué mon semaine à la Leconfield Jackeroo School. Jusqu’hier.
… vici ?
Nous sommes aujourd’hui le 27 novembre. Les temps ne sont pas toujours évidents. Neuf mois de voyage ont quelque peu usé ma curiosité, gommé mon envie de découverte, estompé ma soif de rencontres. Un sentiment de culpabilité m’envahit à l’idée d’employer le mot. Blasé. A l’école de jackeroo, les backpackers hollandais, allemands, suédois sont tout sourire et ont l’eau à la bouche lorsqu’ils évoquent leurs plans pour Fraser Island, les Whitsundays, et quand ils aperçoivent leur premier kangourou. Un sourire grimaçant fait trembler mes lèvres, les souvenirs défilent en bande devant mes yeux qui ne veulent même plus voir les montagnes verdoyantes à perte de vue. L’envie de vomir me submerge, souvent en même temps qu'un indescriptible bonheur.
En réalité, je ne suis pas tant blasé que fatigué. Naze d’avoir les yeux écarquillés du nourrisson qui découvre son nouveau monde. Crevé de s’émerveiller en permanence des joyaux de cette île où la nature est la plus belle des reines. Harassé d’en apprendre tous les jours. Las de rencontres à la croisée des chemins. Des sentiments contradictoires - le « homesick », le trop plein de nostalgie des derniers mois et la conscience de vivre quelque chose d'unique et éphémère - se tamponnent en permanence dans ma tête et le cœur balance. Dans ces moments-là, le piège serait de rester bloquer mentalement et physiquement. Allez, il faut reprendre la route.
Mon école de jackeroo s’est terminée hier soir, et ce matin, j’ai trouvé du travail. Je pars dès ce soir dans une ferme, isolée quelque part à 50 km de Tamworth, elle-même à 420 km au nord-ouest de Sydney. Je ne sais pas encore très bien ce que je vais y faire ni combien de temps je vais y séjourner.
Canberra, la capitale de cet immense pays, marquera ma prochaine étape, avant ou après Noël. Il me restera trois mois pour rejoindre Melbourne, puis Adélaïde, pour remonter jusqu’à Alice Springs et Ayers Rock, le gros rocher des cartes postales. Si le temps et les moyens financiers me le permettent, la côte ouest, sur laquelle j’ai entendu tant de critiques élogieuses, devrait boucler ma boucle « down under ».
Mais n’allons pas top vite. Il y a des jours déterminants, comme celui-ci, qui décident du lieu où je vais émerger le lendemain matin. Mon voyage est un canevas dont je ne connais ni la longueur ni la couleur des fils qui composeront les dessin et dessein finaux.
A suivre : Brisbane – Sydney en photos
Mon aventure australienne a commencé à Darwin, le 26 mars, après un hors d’œuvre touristique d’un mois en Indonésie. Peu sont les backpackers à démarrer leur périple au nord du continent. Avec ses crocodiles, ses serpents, son gigantesque Kakadu national park, ses propriétés désertiques et grandes comme un pays européen, le Territoire du Nord est l’Etat emblématique de la vie sauvage en Australie. A Fogg Dam, ma première expérience de wwoofer fut une réussite et m’engagea à la réitérer un peu plus tard.
Au bout d'un mois environ, il fut temps de se remettre en selle. Je fis route à bord d’une Ford Falcon break, avec un Allemand et un Québécois. Notre traversée du Kakadu, du Litchfield park puis du désert dura une semaine, au terme de laquelle nous atteignîmes le nord de la côte ouest.
Cairns. Trois jours après mon arrivée, un vieux russe appelé Greg nous proposa de faire quelques travaux de chantier dans la maison de son fils. Greg enchaînait les bières et les bouteilles de plus en plus machinalement, tandis que David, le Québécois, retrouvait ses vieux potes et retombait dans ses acides. Il serait aujourd’hui en Thaïlande, et je me demande si ce bonhomme trouvera sa route un jour.
Je me mis alors en quête de mon premier vrai boulot. En lieu et place de travail, j’ai finalement trouvé mon amie, Nadine. Avec elle et Victor, le week-end à Cape Tribulation, au cœur des forêts tropicales du Daintree national park, fut mémorable.
Les quinze jours passés sur la route de Cairns à Brisbane restent pour l’instant mes meilleurs souvenirs. De la Grande Barrière de corail à Fraser Island en 4x4, en passant par Cape Hillsborough et ses kangourous, sans oublier les romantiques Whitsundays, le road trip fut simplement magique.
Nadine a poursuivi sa route vers Sydney, Hawaï, la Californie, puis la Suisse. Quant à moi, je me mettais difficilement dans la peau d’un chercheur d’emploi. C’est, dit-on, toujours plus dur pour ceux qui restent. Un premier cap mental à franchir. Brisbane ne me plût guère et tourner en rond dans une usine à backpackers me rendait fou. Il fallut rebondir, et vite. Je me tournai vers ma roue de secours : le wwoofing. Echapper à la ville, intégrer une famille, s’occuper les mains et l’esprit.
Je descendis à Murwillumbah, l’arrière-pays new-age-hippie de la Gold Coast. Coincée entre Mont Warning et Byron Bay, à 50 km de Nimbin, cette région, étalée entre mer, montagnes et campagne, entre plantations de cannes à sucre et de marijuana, est plus intéressante qu’elle ne le laisse supposer, et je me dis aujourd’hui que j’aurais manqué beaucoup en passant à côté. J’y ai passé trois semaines en wwoofing intensif, à trois endroits différents. J’ai participé à la rénovation d’une maison, cueilli des fruits de la passion dans une ferme biologique, grimpé le sommet le plus haut et le plus oriental du pays…
Décidé à trouver un boulot rémunérateur, je remonte en quatrième vitesse une bonne partie de la côte est, jusqu’à Bundaberg, capitale du rhum… et du « fruit picking ». J’y ai touché le fond : backpacker moisi, esclavagisme à la courgette et à la tomate. Aujourd’hui, la rancœur est bien sûr passée, d’autant plus oubliée que j’ai pu, quelques mois plus tard, arnaquer l’arnaqueur non sans un certain plaisir…
Retour à la case départ : Brisbane. Je retrouvai des amis français rencontré sur la route Darwin-Cairns. Au cours d’une soirée, ils me parlèrent de ce Français qui avait été embauché comme deckhand sur un bateau de pêche, non loin de là. Je n’osais y croire sur le moment, mais saisit ma chance et dans la semaine qui suivit, je voguais sur un thonier à 300 km des côtes australiennes. Après 45 jours de mer, 20 tonnes de poissons, quelques tempêtes, tours aux toilettes et galettes, je n’étais pas fâché de reprendre une vie physiquement stable ! J’en garde des souvenirs indélébiles et un intérêt prononcé pour le monde du silence.
Je posai le pied à terre à l’aube du 12 octobre. Le soir même, Victor, accompagné de son père, passaient me prendre au backpacker de Mooloolaba, pour poursuivre vers la première ville d’Oz : Sydney (article à venir).
Je n’ai pas vu Nadine depuis début juin. Mon avion pour les Caraïbes décollait le 19 octobre. Puerto Rico n’est pas la porte à côté, mais nous nous retrouvâmes là-bas pour trois semaines. Changement radical de décor.
Retour difficile au pays, le 11 novembre. Malgré tout, je suis parvenu à faire un tour de Sydney relativement complet en une semaine. Et à trouver les ressources nécessaires, au propre comme au figuré, pour vivre une nouvelle expérience typiquement australienne : jackeroo, le cow-boy australien (article à suivre). La tonte des moutons, le mustering (encadrement, à cheval, du bétail dans les montagnes), la réparation des clôtures barbelées, le lancer de lasso ou encore le placage des veaux à mains nues ont constitué mon semaine à la Leconfield Jackeroo School. Jusqu’hier.
… vici ?
Nous sommes aujourd’hui le 27 novembre. Les temps ne sont pas toujours évidents. Neuf mois de voyage ont quelque peu usé ma curiosité, gommé mon envie de découverte, estompé ma soif de rencontres. Un sentiment de culpabilité m’envahit à l’idée d’employer le mot. Blasé. A l’école de jackeroo, les backpackers hollandais, allemands, suédois sont tout sourire et ont l’eau à la bouche lorsqu’ils évoquent leurs plans pour Fraser Island, les Whitsundays, et quand ils aperçoivent leur premier kangourou. Un sourire grimaçant fait trembler mes lèvres, les souvenirs défilent en bande devant mes yeux qui ne veulent même plus voir les montagnes verdoyantes à perte de vue. L’envie de vomir me submerge, souvent en même temps qu'un indescriptible bonheur.
En réalité, je ne suis pas tant blasé que fatigué. Naze d’avoir les yeux écarquillés du nourrisson qui découvre son nouveau monde. Crevé de s’émerveiller en permanence des joyaux de cette île où la nature est la plus belle des reines. Harassé d’en apprendre tous les jours. Las de rencontres à la croisée des chemins. Des sentiments contradictoires - le « homesick », le trop plein de nostalgie des derniers mois et la conscience de vivre quelque chose d'unique et éphémère - se tamponnent en permanence dans ma tête et le cœur balance. Dans ces moments-là, le piège serait de rester bloquer mentalement et physiquement. Allez, il faut reprendre la route.
Mon école de jackeroo s’est terminée hier soir, et ce matin, j’ai trouvé du travail. Je pars dès ce soir dans une ferme, isolée quelque part à 50 km de Tamworth, elle-même à 420 km au nord-ouest de Sydney. Je ne sais pas encore très bien ce que je vais y faire ni combien de temps je vais y séjourner.
Canberra, la capitale de cet immense pays, marquera ma prochaine étape, avant ou après Noël. Il me restera trois mois pour rejoindre Melbourne, puis Adélaïde, pour remonter jusqu’à Alice Springs et Ayers Rock, le gros rocher des cartes postales. Si le temps et les moyens financiers me le permettent, la côte ouest, sur laquelle j’ai entendu tant de critiques élogieuses, devrait boucler ma boucle « down under ».
Mais n’allons pas top vite. Il y a des jours déterminants, comme celui-ci, qui décident du lieu où je vais émerger le lendemain matin. Mon voyage est un canevas dont je ne connais ni la longueur ni la couleur des fils qui composeront les dessin et dessein finaux.
A suivre : Brisbane – Sydney en photos
keep walking... keep walking... Tu fais donc tiens ce célèbre slogan commercial, tu as bien raison:) Même si ce n'est qu'un check-point, je pense que ce premier bilan est déjà incroyable. Well done, Mister G, et merci de partager ton expérience ici. Toujours un réel plaisir de te lire. Bonne continuation !
RépondreSupprimerMerci cher Joseph pour tous tes commentaires et mesages encourageants!
RépondreSupprimerJ'espère que toi aussi tu effectues un bon séjour dans le merveilleux pays de tes ancêtres.
Take care et à très bientôt!
Les doutes du voyageur... Je passe irrégulièrement ici mais c'est toujours un plaisir de te lire. Continue et garde ton envie d'avancer. La fin n'en sera que plus savoureuse.
RépondreSupprimerJulie
Merci Julie R...? Je garderai ces mots en mémoire ;)
RépondreSupprimer