
Michael et David, a Mission Beach, sud de Cairns.

Litchfield National park
C’est par ce jardinet sans prétention de 1500 km² que commence notre route. Au programme, balades et baignades dans les chutes d’eau rafraîchissantes de Buley Rockhole mais surtout aux magnifiques Florence Falls. Aux Wangi Falls, un circuit conduisant vers les hauteurs permet de s’aventurer dans la jungle tropicale, à la découverte des Golden Orb. What’s that ? Des araignées aussi géantes qu’invisibles pendues au milieu d’une vaste toile, quelques centimètres au-dessus du crâne du candide promeneur. Avant de quitter le parc, un petit détour s’impose pour faire le tour des imposantes termitières, dressées pour un perpétuel assaut vers le ciel, à l’instar des flèches de nos cathédrales.
Litchfield National Park - Diaporama
Kakadu National Park : la splendeur au naturel
Des bouquins entiers ont été écrits à propos de ce parc, classé au Patrimoine mondial. Autant dire que je vais aller à l’essentiel, d’autant plus que nous n’y avons passé que deux jours. La saison humide ne se termine que fin avril, et les trois-quarts des routes étaient fermés, sans parler du danger représenté par les crocos, libres comme l’air de passer d’une zone à l’autre grâce aux pistes inondées. Dommage, car le Kakadu est simplement l’une des principales merveilles de l’Australie :
- Sa superficie de 20 000 km² est grossomodo équivalente à celle de la Bretagne. Une semaine est nécessaire pour faire le tour des principaux sites, soit une infime parcelle. Les régions du parc sont délimitées par les South, East et West Alligator Rivers.
- Les Aborigènes, les Bininj au nord et les Mungguy au sud, sont redevenus propriétaires de leurs terres ancestrales, et gèrent avec le gouvernement cet immense territoire sur lequel ils vivent depuis 50 000 ans.
- Sa biodiversité est incroyablement riche : 290 espèces d’oiseaux (dont un 1/3 originaire d’Australie), 120 de reptiles, 10 000 insectes différents, et 2 000 variétés de plantes.
- Ses roches escarpées, des falaises qui délimitent à l’est le parc avec la grande terre d’Arnhem, sont vieilles de deux milliards d’années.
La première nuit passée dans ce parc compte parmi les pires de mon quart de siècle d’existence. Imaginez simplement une chaleur tropicale toute la journée, un orage qui éclate, accompagné d’une pluie diluvienne. Notre repas en plein air est interrompu, mais les moustiques, apparus par centaines au crépuscule, ont eu tout le temps d’aller s’abriter dans la voiture, restée ouverte, n’attendant qu’une seule chose : du sang frais à pomper. 19h30, Mickaël et moi regagnons le coffre de la voiture – notre logis pour la semaine - pour tenter de passer la soirée et la nuit à l’abri. Coup d’œil au plafond : une myriade d’insectes immobiles dans le rayon de nos lampes. S’engage alors une bataille sans merci d’une bonne demi-heure. De bleu, le toit intérieur vire progressivement au rouge, tandis que de son côté, l’ennemi sifflait à nos oreilles. C’est humide de transpiration et manquant d’air que je sors de la voiture pour gagner les toilettes du camping, que nous avons discrètement squatté à la tombée du jour. Mais le comité d’accueil est le même. 23h30, je regagne la voiture où Mickaël tente toujours de survivre. Avant de fermer les yeux et de me rendre au vainqueur, dont les troupes ont été largement décimées (peut-être une centaine de moustiques à nous deux), je me fais hara-kiri en m’aspergeant d’un gaz anti-moustique local particulièrement fort, toutes fenêtres fermées. La nuit va être longue.
Le lendemain, un soleil déjà torride nous tire de notre torpeur. Je crois encore rêver en apercevant un animal bondissant à une vingtaine de mètres du coffre de la Ford. Mon premier kangourou ! Je m’approche d’un pas de sioux pour parvenir à moins d’un mètre de cet adorable marsupial. Je ne m’étais jamais vraiment rendu compte de la beauté du kangourou. Je suis resté un moment auprès de lui, subjugué par la sérénité et la gentillesse que dégageait l’animal. Dire que sa chair tendre et goûteuse, rappelant celle du cheval, se trouvait la veille dans mon assiette…
Le Kakadu est un endroit hallucinant de majesté, de grandeur, d’espaces et d’habitats naturels inviolés depuis des millions d’années. En voici quelques panoramas à couper le souffle.
Kakadu National Park - Diaporama
Parc de Nitmiluk (Katherine Gorges)
Peut-être l’endroit que j’ai préféré tout au long de ce trajet, à l’extrême sud de Kakadu. Non loin du camping, un chemin à travers le bush et la montagne est proposé pour gagner un billabong (trou d’eau). Bien qu’un panneau interdise son accès pendant le « wet », on décide de passer outre. On veut voir du pays, malgré ces foutues saisons. Et c’est sans regret. Après 2 km assez rudes à travers les herbes, les petits ruisseaux, les rochers, on parvient au sommet. Sous nos yeux émerveillés se dévoile une vallée où au milieu coule une rivière, entourée d’une végétation rendue presque uniforme de par sa densité. Plus proche de nous, dans un cadre bucolique la cascade tant attendue d’une eau fraîche et pure offre le bonheur ultime de se baigner sans risque, au cœur d’une nature vide de toute civilisation à des centaines de kilomètres à la ronde ! On escalade les rochers et les chutes d’eau. Petit somme réparateur au soleil, avant de redescendre la paroi glissante. De forts courants contraires créent de petits tourbillons qui nous emmènent vers un petit rapide. Dernière baignade, il faut déjà repartir.
De Daly Waters à l’océan
Daly Waters marque la dernière véritable étape avant le « désert ». Cette minuscule bourgade est connue pour son pub, dont la licence remonte à 1893, et qui serait donc le plus ancien d’Australie. Nous avons tous une image de saloon dans la tête. Et bien le pub de Daly c’est un peu ça, en plus petit. Au fil des années, les visiteurs du monde entier y ont laissé leur trace : cartes d’étudiant par centaines, billets de banques et pièces de toutes nationalités, épaulettes et blasons militaires... Une foule de soutiens-gorge de divers styles pendent au plafond, à côté des caleçons moisis des backpackers du monde entier. A peu près ce qu’ils ont de plus cher. Un peu à l’écart, des drapeaux canadiens, italiens, australiens et autres ont été accrochés et dédicacés. A mon tour, j’ai laissé un mot sur les couleurs de mon pays. Dans un coin sombre, de vieux outils agricoles rappellent les vertes années de cette nation, à peine centenaire. Bref, il flotte dans ce pub un air d’universalité concentré dans ce nombril de la Terre, et une atmosphère de vieille Australie qui semble n’avoir jamais quitté ce lieu de mémoire sans équivalent.
Nous laissons Daly Waters derrière nous pour reprendre la route du sud. Nous dépassons Tennant Creek, ville minière, puis nous bifurquons à Three Ways, au cœur du pays, pour prendre la route de l’Est qui mène droit à l’océan. Dormir, lire, traduire des chansons dans sa tête… les occupations sont limitées. Je laisse mes yeux travailler à contempler les étendues infinies. Le soleil tape dur sur la terre ocre. Le pied hors de la voiture, j’essaie de capter autant d’air que possible. Sur les bords de routes, le spinifex en abondance, des hectares de broussailles. Et toujours ces termitières. De rares signes rappellent que l’homme a déjà foulé ces espaces inhospitaliers : le bétail qui pait autour des quelques points d’eau, des croix blanches sur les bas côtés et des panneaux plus ou moins cocaces : « Please arrive alive, next campsite 100 km », « Watch for entiring the traffic ». Sachant que le véhicule le plus proche est peut-être à 100 bornes derrière ou devant nous, qu’il n’y a personne d’autres sur des milliers de mètres carrés à la ronde, quel degré de pertinence donner à ce panneau? L'humour de la DDE australienne sans doute!




Le plus beau moment de la journée ne dure pas longtemps : le crépuscule, vers 17h. Les énormes nuages captent les dernières lueurs du jour et revêtent leur chemise de nuit rosée. La nuit, on comprend mieux le sens de l’expression lyrique de voûte étoilée. Moments magiques. On se prend à se poser des questions existentielles : y a-t-il plus de termites en Australie que d’étoiles dans le ciel ? Il fait vraiment trop chaud. Les orages nous encerclent, nous menacent puis s’éloignent, les éclairs descendent sur terre comme d’immenses torches électriques, et nous permettent d’économiser les nôtres.

Arrivée à Mount Isa, la plus grosse ville depuis Darwin : 22 600 habitants. Mais même après seulement trois jours de désert, le retour au monde des hommes donne l’impression étrange d’être un sauvage qui découvre la civilisation. La solitude nous manque quand on arrive en ville. Je n’ai qu’une envie : m’évanouir à nouveau dans la nature, si belle, si pure.
Avant d'atteindre Cairns, nous traversons Cloncurry. C'est dans ce village qu'un record de chaleur jamais égalé en Australie a été enregistré, en 1889 : 53,1°C !
See you soon!
Comment as tu fais pour les araignées ? T'as un bon zoom sur ton appareil ? :p
RépondreSupprimerAvec le zoom, ca marche pas! J'ai donc risqué la crise de folie et les ai approchées de près, très près.
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